La table des mots du « Nouveau départ »

Écrit parle 15 novembre 2017

Les mots sont des signes. Ils renvoient à des totalités signifiantes. De ce fait, les mots sont les clés du langage, la fonction d’expression de la pensée et de la communication entre les êtres humains. Les régimes politiques l’ont bien compris. Ils lancent et fixent des mots destinés à faire tilt dans l’esprit et dans la conscience de leur environnement humain.

Exemple : le régime du Président Boni Yayi a fait usage, pour les besoins de sa gouvernance, d’un certain nombre de mots. Lesquels ont fini par avoir une charge et une résonnance particulière dans nos esprits. Entre 2006 et 2016, il en a été ainsi des mots et expressions comme changement, émergence, refondation, dictature du développement…etc.

Le régime du Président Patrice Talon n’est vieux que de deux ans. Pour autant, n’est pas moins longue la flopée de mots qui portent sa touche distinctive. Identifions-en quelques uns.  Restituons les contextes qui les ont vus naître. Situons-les dans l’aventure de sens et de signification qui fait de ces mots les clés d’une communication entre les Béninois.

– Affermage. Le mot semble nouveau dans le langage courant béninois. Le gouvernement de Patrice Talon l’a utilisé la première fois quand il s’était agi d’opérer une rupture dans le mode de gestion de certains de nos hôpitaux et centres de santé. Levée de boucliers quasi unanime des centrales syndicales. Elles ont vu arriver le monstre ultra libéral de la privatisation. La communication gouvernementale a été longue à la détente, traînant à fournir les explications nécessaires. Les syndicats montés au créneau et sur le pied de guerre, ont déclenché des grèves aux conséquences douloureuses. Voilà comment un seul mot, affermage, a entraîné des maux sans nombre.

– Normo-communication. Personne n’a vraiment cherché ni à expliquer ni à comprendre ce concept. Parents et parrains du nouveau né se laissaient abîmer dans l’ivresse d’une trouvaille plutôt inédite. Les journalistes et autres communicateurs, attentistes au possible, faisaient le pied de grue dans l’antichambre du pouvoir. Ils attendaient la nouvelle découpe de la nouvelle manne médiatique. Pendant ce temps, la communication du gouvernement était à quai. Les populations avaient faim et soif de savoir et de comprendre. C’et sûr : il va falloir, un jour ou l’autre, normaliser la normo-communication.

– Désert de compétences. Nous étions encore sur la ligne de départ du « Nouveau départ ». Le Français François Hollande recevait à l’Elysée le Béninois Patrice Talon. Alors que le premier rendait hommage aux cadres béninois qui ont choisi la France comme espace de travail, voire de vie, le second croyait savoir que son pays était « un désert de compétences ». Ou c’était le Français qui faisait dans la flagornerie facile. Ou c’était le Béninois qui se complaisait dans l’autoflagellation. Mais tout allait rentrer dans l’ordre quand le Président Talon, à la faveur d’une représentation théâtrale qui porte la griffe du grand artiste Tola Koukoui, a déclaré et rassuré : « Le Bénin est une mer de talents ». Bien joué, Monsieur le Président !

– Le mandat unique. La Constitution du 11 décembre 1990, pour éviter qu’on joue les prolongations au pouvoir, n’offre à tout candidat à la Présidence de la République qu’un mandat renouvelable une seule fois. Le premier Président de l’ère du Renouveau démocratique, Dieudonné Nicéphore Soglo, ne fit qu’un mandat (1991-1996), non de gaîté de cœur. Les Présidents Mathieu Kérékou (1996-2006), Boni Yayi (2006-2016) ont fait chacun deux mandats, non sans avoir cherché, à rebours de la Constitution, à s’offrir des rallonges. Voici qu’arriva un nouveau Président en la personne de Patrice Talon. Il aurait souhaité que le mandat présidentiel fût limité à un seul. Enorme singularité là où tout le monde lorgne deux mandats, voire plus. De quoi serait-il donc fait celui-là qui veut se libérer du pouvoir comme qui se refilerait la patate chaude ?  Qui a dit que « Ici, c’est le Bénin » ? Pour ne pas avoir à dire qu’ici ce n’est ni le Zimbabwe ni la République Démocratique du Congo (RDC).

A peine le Président a-t-il fait deux ans au Palais de la Marina que certains de ses proches lui conseillent de prendre la juste mesure politique des choses et d’y aller « par la ruse et par la rage ». Encore des mots, toujours des mots qui sont loin, hélas, de nous guérir de nos maux. Que faire ? Calmos, on avisera.

Jérôme Carlos

La chronique du jour du 16 novembre 2017


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