L’ABC de la consommation

0
1080

Au-delà de nos différences, ascendances et appartenances, nous sommes tous des consommateurs. Le Bénin, notre pays, compte, de ce fait, onze millions de consommateurs. Onze millions de personnes appelées à utiliser diverses ressources, matérielles ou immatérielles, pour faire face à leurs besoins. Nous consommons autant de gari que d’idées et d’images diverses. Nous consommons le bruit qui, dit-on, ne fait du bien. Nous consommons l’air pollué de nos centres urbains, source d’infections et de maladies. Limitons-nous, en cette veille des fêtes de fin d’année, à ce que nous mangeons. Sous ce rapport, au moins trois angles d’attaque sont à prendre en compte pour appréhender la notion de consommation.

D’abord, la consommation sous l’angle de la quantité.

Il y a la consommation basse ou  maigre. Soit que ce dont on dispose pour se nourrir est pauvre ou insuffisant. Soit que, pour diverses raisons, on le veut ainsi. Nous validerons alors l’idée d’une consommation délibérément contrôlée et encadrée. Soit que, par nécessité, il ne peut en être autrement. Dans ce cas, c’est la pénurie qui dicte sa loi. La pénurie synonyme de manque, de pauvreté, de misère. L’individu ici en situation, est réduit à la portion congrue, acculé à ruser avec la faim.

Il y a la consommation abondante, pantagruélique, c’est-à-dire digne du géant Pantagruel, un personnage de Rabelais. Cela peut autoriser, parce qu’on en a suffisamment, à manger raisonnablement et à sa faim. Cela peut conduire, par contre,  à manger contre toute raison et à se comporter comme un goinfre, c’est-à dire un glouton qui mange avec excès et salement.

Ensuite, la consommation sous l’angle de la qualité.

Il y a la consommation encadrée et contrôlée. Parce qu’on a écarté d’emblée l’idée de manger n’importe quoi, n’importe quand et n’importe comment. Dans le sens où on peut défendre et soutenir qu’il y a un art et une science du « bien manger » pour mieux vivre. Du fond de la Grèce antique nous parviennent, en flux continu, des leçons de vie. Elles n’ont pris la moindre ride. « Nous creusons nos tombes avec nos dents » Ou encore « Que ton aliment soit ta seule médecine »

Il y a la consommation débridée et désordonnée. Ici, la qualité n’est pas en cause. Mais c’est la manière de manger qui fait  problème. Sans un minimum de discipline, on ne peut contrôler les élans de son appétit. Sans un minimum de méthode, on ne peut éviter de ne pas mélanger les torchons et les serviettes. Sans un minimum de tenue et de retenue, on ne peut se soustraire au risque d’installer le désordre au cœur de sa vie.

Enfin, la consommation sous l’angle de sa finalité

Il y a une consommation porteuse de vie. Et la vie, c’est le plus grand, le plus beau des cadeaux fait aux humains par la nature. On ne banalise pas un si magnifique don. On doit y tenir comme à la prunelle de ses yeux. La consommation, c’est-à-dire, dans le cas d’espèce, ce que nous mangeons, y contribue notablement. Nous devons, par ce que nous mangeons, rendre à la vie, chaque fois et toutes les fois, l’hommage qui lui est dû. Trois adjectifs portent, avec la majesté requise, un tel hommage : viable, vivable, durable.

Il y a une consommation attentatoire à la vie. Savoir qu’on  creuse sa tombe avec ses dents et persister à manger dans le désordre pose la question cruciale de la liberté du choix de chacun en lien avec ce qu’il mange. Nous sommes nanti, en effet, du pouvoir, pour le meilleur et pour le pire, de donner une direction, d’indiquer une destination à notre vie. Cela relève de notre souveraine responsabilité. Pour dire qu’en matière de consommation, comme dans tous autres domaines, il est vain de chercher à changer quelqu’un. On ne peut qu’aider quelqu’un à changer. Parce qu’il doit être entendu et compris que personne ne change personne. C’est chacun qui décide, en conscience, en toute responsabilité, de changer lui-même.

Cette promenade au cœur de nos raisons de consommer, en cette veille des fêtes de fin d’année, se  justifie-t-elle ?  A chacun son opinion. Nous sommes déterminés, quant à nous, à n’offrir à personne le loisir de dire : « Je ne savais pas ! »

Jérôme Carlos

La chronique du jour du 22  novembre 2018