L’actualité et le procès de la presse

Écrit parle 15 mars 2018

La justice est en vedette. Mandats de dépôt par-ci, audiences par-là. La presse, pendant ce temps, est en berne. Elle est à la remorque de l’actualité. Elle fait davantage dans le reportage, le compte-rendu et le commentaire. Alors qu’on attend de la voir aux avant postes, de la voir jouer les premiers rôles. Par des enquêtes. Par des investigations. Par toutes recherches et approches qui concourent à la manifestation de la vérité. Alors question, pourquoi, nous presse, sommes-nous, par les temps qui courent, hors jeu ?

C’est, d’abord, que nous sommes encore une presse plus réactive que proactive. Nous subissons l’actualité au lieu de la faire. C’est ce qui arrive quand on ne sait pas anticiper. C’est ce qui arrive quand on se laisse engluer dans les conflits de personnes. En effet, nous épousons souvent des querelles qui ne sont pas les nôtres.

C’est, ensuite, que nous sommes une presse qui n’a pas encore les moyens de ses ambitions. Nous continuons de nous débrouiller comme nous pouvons. Mais nos insuffisances finissent toujours par nous rattraper. C’est fixer pourtant dans le marbre de la sagesse universelle : » On peut tromper une partie du peuple tout le temps, tout le peuple une partie du temps, mais on ne peut tromper tout le peuple tout le temps ».

C’est, enfin, que nous sommes une presse qui n’occupe que passablement la place qui lui revient de droit partout où le droit doit être dit. Les dossiers qui défilent actuellement devant la justice ne bénéficient de la presse que d’un traitement superficiel et cosmétique. La presse n’en explore que la surface s’effaçant devant dame rumeur, se pliant devant les corsaires de l’information qui sévissent sur les réseaux sociaux. Que faire donc pour que la presse redore son blason,   reconquiert les espaces de responsabilité qui sont les siens ?

1 – Former des hommes et des femmes de métier. La presse est une profession, même s’il y a moins de contrainte qu’ailleurs pour y accéder. Mais au grand jamais on ne devrait ouvrir les portes d’une rédaction au premier venu. On ne devrait non plus soutenir l’idée selon laquelle tout le monde est journaliste. La presse est un métier. Elle a ses règles et ses principes. On doit les connaître, les assimiler et les pratiquer. Au nom du respect dû aux usagers-bénéficiaires de la presse : lecteurs, auditeurs, téléspectateurs…Cela tire à conséquence :   la presse doit compter avec des profils de professionnels avertis.

2 – Privilégier le genre journalistique majeur qu’est l’investigation journalistique. Ce genre est rare dans nos élaborations journalistiques. Pourquoi ? Des compétences font défaut pour le conduire à bon escient. Beaucoup de temps et de moyens sont à mobiliser pour espérer aller à bon port. C’est toujours une prise de risque que de quitter l’écume des choses pour dévoiler la réalité des profondeurs, pour révéler la vérité qu’on cherche à nous cacher. Ce par quoi le journaliste s’affirme, goûte aux délices d’une profession qui est gratifiante à tous égards.

Sur le plan judiciaire, la Police ouvre une enquête. Elle bénéficie de moyens colossaux ainsi que du pouvoir de contrainte pour convoquer, pour interroger, voire pour priver de liberté. Le journaliste qui mène une enquête n’a que sa tête, son flair, son discernement et sa détermination. Il doit en plus se mettre à l’abri de toutes pressions, de toutes manipulations. Et il n’est pas moins soumis à une égale exigence de résultat que le policier.

3 – Se donner les moyens de ses ambitions. L’argent, bien sûr. Une investigation journalistique coûte cher. Elle mobilise des ressources humaines dont l’organe de presse doit se priver tant que dure l’enquête. En dehors de l’argent qui est nécessaire, il y a des qualités humaines qui sont indispensables. Elles tiennent à la morale et à la déontologie. Il s’y ajoute des qualifications techniques. Elles vont de la maîtrise de plusieurs langues étrangères par les journalistes aux connaissances spécialisées dans des domaines aussi divers que pointus comme la finance, l’économie, le droit, les technologies de l’information et de la communication portées par des mutations toujours plus rapides.

Comme on le voit, l’actualité met au jour les insuffisances de notre presse. Elle révèle le fossé entre notre idéal professionnel et notre niveau réel d’intervention sociale. A quelque chose malheur est bon, dit-on. Qui sait où il a mal a l’avantage d’aller plus vite vers la guérison.

Jérôme Carlos

La chronique du jour du 15 mars 2018


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