L’An II du « Nouveau départ »

Écrit parle 3 avril 2018

 

Les cent premiers jours. C’est le temps que la presse se donne pour établir le premier bilan de l’action d’un gouvernement. La presse, ce faisant, s’arroge un droit qui a fini par se consolider en une tradition. Combien de temps faut-il à un peuple pour apprécier la gestion de son premier et suprême mandataire ? Le temps ne peut lui être compté. Il a donné à ce dernier son suffrage. Il lui a délégué sa souveraineté. Il a donc un pouvoir de contrôle illimité, permanent, de tous les instants. Voici, pour notre part et en cinq points, le bilan de l’An II du « Nouveau départ ».

Premier point : en rapport au temps.  L’An II, c’est deux ans   de gouvernance. L’année dernière, en l’An I, nous estimions « trop tôt » toute évaluation, au risque de pécher par excès. Nous ne pouvons dire la même chose cette année. Des jours se sont ajoutés aux jours.  Ce n’est donc plus « trop tôt ». Mais c’est encore « trop juste ». L’An II, c’est deux ans sur cinq.  Idéalement, c’est deux ans sur dix, soit deux quinquennats. Il reste qu’on commence à avoir matière pour se risquer à un bilan, évitant ainsi de pécher par omission.

Deuxième point : en rapport à l’espace. Il s’agit du Bénin, pays difficile s’il en est. Ici, rien n’est simple, rien n’est durablement droit. Tout est à géométrie variable. Ceux qui ont eu à sonder le pays et à l’explorer en ses tréfonds ont fait breveter l’expression : « Ici, c’est le Bénin », allusion à une singularité avérée, à une complexité certaine. C’est là une donnée majeure. Elle est à intégrer au bilan de l’An II du gouvernement et de la gouvernance du « Nouveau départ ».

Troisième point : en rapport avec la qualité de la ressource humaine. L’homme est l’élément de base. Il a capacité à ouvrir ou à fermer les portes du développement. Tout dépend des pensées qu’il entretient dans son esprit. En deux ans de gouvernance Patrice Talon, peu aura été entrepris pour aider le Béninois à changer. Il s’agit fondamentalement de reprogrammer le logiciel mental de nos compatriotes. Non pour susciter en eux la peur, en déclenchant la machine de la justice. Non pour affirmer la toute puissance de l’Etat perçu ou à percevoir comme l’un des cavaliers de l’Apocalypse. Il s’agit moins de libérer les espaces publics à coup de bulldozers que de créer chez chacun l’esprit du bien public. Il faut aider chacun à tracer la voie et sa voie pour une prise en charge de soi par soi. L’éducation est ainsi appelée. Une éducation de type nouveau, à tenir pour la matrice d’où émergera un nouveau Béninois. Il reste qu’une vision est projetée. Le programme d’action du gouvernement (PAG) en porte le cachet. Mais le Bénin tarde à se révéler. La ceinture des sacrifices ne se desserre point.

En attendant les beaux jours, les mauvais comportements persistent. Le culte de l’argent continue. Les valeurs de vie périclitent. Au rythme d’une politisation à outrance, des transhumances politiques et des meurtres rituels sans nombre. Que dire de la désespérance d’une jeunesse déboussolée ? Que penser d’un conflit intergénérationnel sauvage ? Pères et mères se reconnaissent de moins en moins en leur progéniture.

Quatrième point : en rapport avec l’efficacité des directions de gouvernance. L’administration souffre d’un déficit de transparence. Nous gagnerons à faire savoir, à faire comprendre, à faire faire, à faire ensemble. Contre tout esprit de couvent. Au grand déplaisir des copains et des coquins.

L’administration souffre d’une centralisation et politisation à outrance. Ses démembrements, des coquilles souvent vides, excellent à transférer les querelles politiciennes du centre vers les périphéries. Dans le fracas des destitutions des maires. Au mépris des intérêts des populations.

Cinquième point : en rapport avec les résolutions à prendre. Nous en avons noté cinq.

– Avancer sans ruse et sans rage

– Cultiver l’écoute

– Accepter la critique et engager le débat

– Rassembler et réconcilier les Béninois

– Sauver l’esprit de la conférence nationale à travers des valeurs cardinales que sont la confiance, la concertation, le compromis, le consensus, la collaboration, la coopération…

Tout bilan est provisoire. Il s’exerce sur une matière mouvante. De plus, il doit compter avec des hommes qui, eux-mêmes, sont des mutants. La vérité, c’est que la vie est mouvement. En route donc pour l’An III du « Nouveau départ » !

Jérôme Carlos

La chronique du jour du 3 avril 2018


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