Le Davos africain de la Démocratie

Mise en ligne par le 20 février 2018

Il tire à sa fin le mois de février. Et rien ne se passe. Si les Béninois devaient montrer un sens élevé des symboles, ce mois devrait avoir, pour eux, une résonance particulière. En référence à leur héritage mémoriel. En rapport avec un symbole fort de leur histoire nationale. Le mois de février, au cas où on l’oublierait, c’est, au Bénin, le mois de la Conférence des forces vives de la nation. Ailleurs, l’appel à la mémoire et le sens heureux de la formule ont assuré la pérennité, sinon l’éternité, à certains événements à jamais gravés dans le marbre. « La Révolution d’octobre » en Union soviétique. « Le mouvement étudiant de mai 68 » en France. « Le 11 septembre »  aux Etats-Unis.

Dans deux ans, en 2020, la Conférence des forces vives de la   nation va boucler ses trente berges. Trente ans d’âge pour un événement d’une portée exceptionnelle. Un événement qui aura notablement changé la face du Bénin, introduisant, dans le même mouvement, l’Afrique dans une ère sociopolitique nouvelle. L’onde de choc provoquée par la Conférence des forces vives de la nation vaut bien que nous la revisitions plus sérieusement et en profondeur.

En attendant, fédérons nos efforts pour préparer du mieux que nous pouvons son trentième anniversaire ; donnons à l’événement la place qui doit être la sienne dans l’histoire du Bénin et de l’Afrique ; faisons de l’événement un rendez-vous incontournable, sous la forme d’un Davos africain de la démocratie. Allusion faite à cette localité de la Suisse qui s’anime, chaque année, de la présence du ghota planétaire de la politique et des finances. Trois propositions pour donner corps et formes à trois initiatives majeures.

1 – Réhabiliter l’hôtel PLM Alédjo. Ce fut cet hôtel qui a accueilli la Conférence des forces de la nation. Tout un pays a retenu son souffle, dix jours durant, sous le regard interrogateur et dubitatif de tout un continent, avant que ce lieu ne devînt le berceau de la démocratie en Afrique. Incroyable, mais vrai : le PLM Alédjo est, aujourd’hui, à l’abandon. Ce lieu de mémoire, éminent entre tous, est à la merci des prédateurs de tout acabit. Dans le silence de tous. Dans l’indifférence générale. Impensable !

Ce déficit de mémoire s’ordonne comme un trou béant dans le souvenir. Il est à corriger. Et le plus tôt sera le mieux. Le trentième anniversaire de la Conférence des forces vives de la nation en février 2020 nous en donne l’occasion. Plus qu’une action de réhabilitation, c’est un acte de repentance qu’il convient de poser. Nous avons péché, en effet, contre la mémoire. Nous avons péché contre l’histoire. La réparation et le pardon ne seront effectifs qu’en transformant le PLM Alédjo en un centre international de conférences et d’échanges, dans le genre d’un « Davos africain de la démocratie ». A ouvrir sur une réflexion féconde sur les démocraties en Afrique. A connecter à tous les centres de recherche d’Afrique et d’ailleurs traitant du même sujet. A ancrer dans le souvenir et le témoignage grâce à un musée et à une plateforme numérique d’archives sur les démocraties en Afrique

2- Construire la route de la démocratie. Elle partirait de Sègbana, localité dans le septentrion qui abrita les geôles de la Révolution. Elle aboutirait au PLM Alédjo, avec des escales et des étapes intermédiaires qu’on jugerait nécessaire et utile d’y aménager. Le symbole serait de partir des ténèbres de la répression aveugle pour le soleil radieux de la démocratie. On veillerait à marquer cette route de bornes-repères significatifs ainsi que d’espaces et de sites touristiques appropriés. La marche de notre peuple vers la démocratie serait ainsi matérialisée dans le paysage naturel et humain. On l’appréhenderait ainsi comme une réalité vivante qui se donne à vivre au-delà des mots et des discours.

3 – Faire édifier dans les communes « des esplanades de la Démocratie ». Des espaces publics, aménagés en « agora », allusion à la grande place où siégeait, dans la Grèce antique, l’Assemblée du peuple. Toutes les activités citoyennes en plein air, dans une commune donnée, pourraient y trouver leur place. N’est-ce pas une manière efficace de « décentraliser » la démocratie, de la faire vivre à la base, de l’inscrire dans le quotidien des citoyens ?

Février 2020 : le trentième anniversaire de la Conférence des forces vives de la nation. Que commence le compte à rebours. Mais, que les actes suivent !

Jérôme Carlos

La chronique du jour du 20 février 2018


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