Le don de soi : radiographie d’une valeur

Mise en ligne par le 8 novembre 2018

Le don de soi. Qu’est-ce ? C’est l’action de se dévouer entièrement à quelqu’un ou à quelque chose. Il s’agit d’une valeur humaine élevée. Mais une valeur qui semble s’accorder si peu  avec nos réalités contemporaines. Peut-on faire don de soi dans un contexte d’égoïsmes et d’individualismes exacerbés ? Peut-on faire don de soi au milieu du choc des intérêts les uns aussi nauséabonds que les autres ? Peut-on faire don de soi quand l’argent est partout  roi, dicte en tout et pour tout sa loi ?

Face à de telles réalités, l’expression don de soi semble ne peser que de peu de poids. Quelle chance de survie a-t-elle une biche égarée sur la piste des lions ? Le vice nous environne. C’est à faire bégayer la vertu. Sale temps donc pour ceux qui soutiennent et qui défendent le don de soi, ceux qui en font un idéal de vie. Pour autant, ne cessons pas de réfléchir. Mettons de l’ordre dans nos idées.

1 – Nous vivons dans un monde où le paraître tend à primer l’être. La Chine, pour ne prendre que cet exemple, désormais deuxième puissance mondiale, compte plus de 5000 milliardaires en dollars. Ces milliardaires  concentrent en leurs mains plus de 54 % de la richesse nationale, dans un pays de 1 300 000 000 d’habitants. Les inégalités de plus en plus criantes, partout sur la planète terre, consacrent en le légitimant le « Chacun pour soi », source d’égoïsme et d’individualisme. Le riche a la force de frappe financière pour se croire la mesure de toute chose. Le pauvre, plombé par la misère, n’a rien, n’est rien. Il s’enfonce inexorablement, jour après jour, dans les profondeurs de la déchéance

Dans un contexte où tout est ainsi tranché, le don de soi ne peut être qu’en grande souffrance. Le riche s’active à  être plus riche. Le pauvre végète à l’ombre de sa pauvreté, condamné à boire jusqu’à la lie la coupe de la misère. C’est ce qui arrive partout où le développement oublie l’homme. Chiffrer les milliardaires d’un pays, ce n’est qu’une approche comptable et statistique de gouvernance. Cerner de plus près les besoins humains d’une société et y apporter les réponses qui conviennent, voilà le chemin d’un accomplissement convainquant et sans équivoque.

2 – Mais l’espoir est permis : les égoïsmes ne peuvent avoir raison du don de soi. Parce que nous avons affaire à une éminente valeur humaine. Une valeur qui nous ancre dans notre humanité. Elle nous différencie et nous démarque de la bête. Regardons autour de nous. Que de désordres ! Des désordres qui n’autorisent personne à dormir du sommeil du juste. Pauvre type que celui-là qui fait croire qu’il s’en contrefiche, alors que brûle la maison du voisin. Chaque fois que nous comprenons les choses ainsi, nous nous hissons, en volonté d’agir et en capacité de réussir, à la hauteur d’une vérité essentielle : tous, autant que nous sommes, nous pouvons contribuer en quelque chose.

Les Etats, de plus en plus, démissionnent. Les politiques publiques, lestées des meilleures intentions, ne réussissent plus à combler le gap entre riches et pauvres,  à apporter l’assistance nécessaire aux plus vulnérables. Face à quoi, s’ouvrent de grands boulevards d’engagement pour le don de soi. Et nombre d’organismes, de structures, d’institutions, de personnes ne se font pas prier pour s’y s’engouffrer. Les congrégations religieuses, les organisations humanitaires, les organisations de la société civile, cette belle armée des hommes et des femmes de bonne volonté défend et illustre, chaque jour que Dieu fait, le don de soi. Des êtres humains vont vers d’autres êtres humains, tendent la main à d’autres êtres humains, soulagent d’autres êtres humains du fardeau de leurs soucis et de leur misère.

3 – Le don de soi est toujours gratifiant. Il n’est pas une action unidirectionnelle. Il ne revient pas à se donner de la peine pour le seul profit des autres. Qui sait donner et se donner reçoit toujours en retour. Car pour donner, il faut avoir. Pour se donner, il faut être. Il va donc sans dire que qui donne est déjà riche de ce qu’il donne, qui se donne s’accomplit en humanité, se densifie en vérité. Un tel accomplissement n’a pas de prix. Voilà le cercle vertueux dans lequel nous souhaitons voir s’ancrer notre pays. Ce n’est pas tard. C’est possible.

Jérôme Carlos

La chronique du jour du 8 novembre 2018

 

 


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