Le mal, la maladie et le malade

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Comment définir un malade ? Le dictionnaire répond : quelqu’un dont la santé est altérée ; quelqu’un qui souffre de troubles organiques ou fonctionnels. Nous avons tous une certaine expérience de la maladie. Mais nous ne sommes pas malades au même titre. Nous ne sommes pas les mêmes face à la maladie. Il y a plusieurs types de malades. Nous en avons dénombrés au moins cinq.
1 – Des malades qui manifestent la volonté de guérir de leur maladie. Ils remuent ciel et terre pour recouvrer la santé. Ils ne s’épargnent aucune peine pour atteindre cet objectif. Ils ne reculent devant aucun sacrifice pour parvenir à leurs fins. Ils savent qu’un être malade ne dispose pas de toutes ses capacités et potentialités. Un tel être part perdant sur les divers chantiers de la vie. Il est distancé par plus aptes que lui dans toutes les compétitions. Il est hors jeu, relégué à l’arrière plan, expulsé à la périphérie de l’essentiel. Les Fon, dans le sud du Bénin, l’ont bien compris. Ils disent à juste raison : « Azon wê gni kin to ». La maladie est l’ennemi de l’homme.
2 – Des malades qui s’ignorent. Soit qu’ils ne savent pas qu’ils sont malades. Soit qu’ils ne cherchent pas à savoir s’ils sont malades. A l’image de l’autruche, cet oiseau coureur de grande taille qui, dit-on, se cache la tête pour échapper au danger. Il faut y voir beaucoup d’inconscience et d’irresponsabilité. A l’image de ceux là qui s’enfichent d’être sales, agitant comme un drapeau, au nez et à la barbe de tous, leur saleté.
3 – Des malades imaginaires. Sans qu’ils soient vraiment malades, ceux-là jouent les malades. On les désigne, d’un mot savant, « hypocondriaques ». Ils s’inventent mille et une maladies. Ils consultent mille et un médecins. Ils collectionnent mille et un médicaments. Toute leur existence gravite autour de leurs soi-disant maladies. C’est leur centre d’intérêt majeur. Ils en parlent à perdre haleine. C’est le miroir dans lequel ils se mirent. Ils veulent entendre les autres leur parler de leur maladie. C’est leur raison de croire et d’espérer. Ils adorent mimer les symptômes de leur maladie. Ne nous y trompons pas : Molière nous a mis sur la piste du malade imaginaire, ce personnage qui théâtralise sa maladie, vit sa maladie.
4 – Des malades qui chérissent leur maladie. Si les malades imaginaires ne sont malades que dans leur tête, ceux des malades dont nous parlons à présent sont effectivement malades. Ils portent leur maladie comme un trophée de chasse. Ils l’exhibent, en toutes circonstances, comme des médailles dont s’encombre un militaire. Ils aiment faire pitié pour attirer et garder l’attention des autres sur eux. Descartes disait « Je pense, donc je suis ». Eux, ils répondent : « Je suis malade, donc je suis ». Ils tiennent ainsi la maladie pour un patrimoine. Ils y trouvent et ils y puisent tout : le meilleur comme le pire.
5 – Des malades qui tirent avantage et profit de leur maladie. Beaucoup, du fait de leur maladie, se décrètent à jamais dépendants des autres. Beaucoup, du fait de leur handicap, se condamnent à l’aumône ou se ligotent à la charité des autres. Ils s’interdisent d’explorer ce qu’il leur reste de possibilités pour solliciter leur génie créateur. Ils se refusent de réveiller le géant qui sommeille en eux et qui ne demande qu’à être activé. Ils se sont rendus à un stade très avancé d’assujettissement à la maladie, d’asservissement aux autres qu’ils ont fini par ériger la maladie en un véritable fonds de commerce. Alors, ils en vivent. Ils en tirent profit. Ce sont, en définitive, des malades professionnels. Une question : peuvent-ils aller en grève ? L’écrivaine sénégalaise Aminata Sow Fall, avec son beau roman, « La grève des batu », répond par l’affirmatif.
Soyons clair : la maladie est un fléau. Elle est à fuir. On ne saurait en jouer ni pour amuser la galerie, ni pour faire pitié, ni pour gagner sa vie. Faisons nôtre cette idée de Molière : « La nature d’elle-même, quand nous la laissons faire, se tire du désordre où elle est tombée. C’est notre inquiétude et impatience qui gâtent tout. Presque tous les hommes meurent de leurs remèdes et non pas de leurs maladies ».
Jérôme Carlos
La chronique du jour du 15 novembre 2018

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