L’école pour refonder le Bénin

Mise en ligne par le 5 juin 2018

Parlons peu, mais parlons bien : c’est dans la douleur que l’Ecole béninoise ferme ses portes. Grève des enseignants par-ci. Spectre d’une année blanche par-là. Lourdes interrogations sur l’avenir de l’Ecole tous azimuts. L’année scolaire 2017-2018, suite à une série d’épreuves, s’en est allée en eau de boudin. Elle est à oublier bien vite. Passons-la par pertes et profits dans les annales de l’Ecole béninoise.

Il reste néanmoins que si « à quelque chose malheur est bon », nous pouvons faire des vacances qui viennent une belle opportunité créatrice. Mais comment ? Qu’il nous suffise de marquer la volonté de transformer ces vacances en une magnifique plateforme nationale de solidarité. Nous nous mettrions ainsi en devoir de célébrer quatre vertus majeures. Les voici.

1- L’entraide entre apprenants. Le principe pourrait s’énoncer ainsi qu’il suit : que tout élève qui a fini l’année scolaire dans les normes et dans de bonnes conditions, parce que tenu à l’écart des grèves, s’engage à en aider un autre. Précisément celui-là qui n’a bénéficié que de quelques cours de rattrapage, qui plus est à la va-vite et au pas de charge. Se mettraient aussitôt en place, un peu partout, des groupes de travail. Des têtes et des mains solidaires, de Cotonou à Malanville, forgeraient une longue chaîne fraternelle. La jeunesse scolaire béninoise commencerait ainsi à écrire les toutes premières pages d’une grande et belle révolution. Par et grâce à cette jeunesse, nous comprendrions ce que le mot « Ensemble » veut dire. Nous accèderions à ce que le mot « Ensemble » recèle de force et de capacité pour concevoir beau, pour réaliser grand, pour servir durable. C’est notre conviction : nos jeunes gens et nos jeunes filles ne sont pas condamnés à ne savoir partager que des applications numériques, que des photos vidéo, que de fausses nouvelles et autres images cochonnes via les réseaux sociaux.

2 – Le dévouement des enseignants. L’exemple de l’entraide entre apprenants appellerait tout naturellement l’exemple du dévouement des enseignants. Il y a, nous semble-t-il, des contagions heureuses. Elles se font par simple osmose, comme dans un système de vases communicants. Les enseignants ne cèderaient point aux charmes et aux douceurs des vacances. Ils ne laisseraient point non plus leurs apprenants se débrouiller tous seuls. Volontaires et résolus, ils s’inscriraient dans la logique de l’allégorie célèbre. Celle qui nous invite à venir boucher les trous de la jarre pour sauver notre pays. Grâce à ce magnifique élan de solidarité, les cours de vacances se bonifieraient d’une tonalité particulière et inédite. Non seulement elles serviraient à finir, dans de bonnes conditions, le programme de l’année, mais elles aideraient à renforcer les capacités des uns et des autres pour aborder une nouvelle année scolaire. Cela s’appelle « faire d’une pierre, deux coups ».

3 – La disponibilité des parents d’élèves. Aucun parent d’élèves ne choisirait de rester en marge de ce vaste mouvement de solidarité. Tous se laisseraient prendre au jeu. Tous se laisseraient couler dans le moule des enjeux du moment. Tous se soulageraient de leur indifférence. Tous se libèreraient de leur inclination à la démission.

S’il est dit, à juste raison, qu’un enfant qu’on instruit n’est pas un vase qu’on remplit, mais un feu qu’on allume, les parents   comprendraient que l’heure est arrivée d’investir d’un sens neuf leur mission à côté de tous les autres partenaires de l’Ecole. Coulerait de source pour chacun d’eux et s’imposerait à tous ce puissant appel au ralliement et à l’action : apprenants, maîtres, parents, autorités académiques, même combat !

4 – La bienveillance des autorités académiques. Pour une fois, tous ces hommes et femmes rompus à l’examen froid des dossiers, prioritairement bureaucrates, laisseraient parler leur cœur et s’épancher leurs sentiments et émotions. Ils ne sauraient accepter d’être le maillon faible de cette belle chaîne de solidarité autour de l’Ecole béninoise. Ils feraient bloc avec les autres partenaires pour relever un défi commun. Ce par quoi ils s’authentifieraient comme des acteurs d’une grande révolution, les sujets d’une belle histoire.

Revenons sur terre. Nous venons de faire un grand et beau rêve et tout en couleur. Toutes les grandes réalisations commencent par un rêve. « I have a dream ». Voilà l’antichambre de la réalité, le creuset d’une alchimie universelle. Pour dire, au cas où on en douterait, que c’est possible. Nous pouvons, par l’Ecole, refonder le Bénin. »Yes, we can ». Le starter est-il en place ? Attention, prêts, partons !

Jérôme Carlos

La chronique du jour du 5 juin 2018


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