Les blocs politiques : ombres et limites

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Le tsunami est annoncé. La scène politique nationale s’en trouvera bientôt chamboulée. Les petits clubs électoraux, qui n’ont de partis que le nom, vont disparaître au profit de grands blocs. Par quel processus ? Effervescence dans les états-majors politiques où s’échafaudent plans et stratégies. Les jours prochains nous édifieront. Mais une chose est sûre, l’avenir de ces grands blocs politiques se joue et se jouera sur au moins quatre lignes de visibilité. Quelles sont-elles ?

1 – La ligne de visibilité humaine, en termes de leadership. Les hommes et les femmes appelés à diriger ces blocs politiques en seront les atouts-maîtres. Les leaders, anciens ou nouveaux, de par leur coefficient personnel, pèseront d’un poids déterminant  dans la représentativité des différents blocs. Qu’on ne s’y trompe pas : nos populations restent et resteront encore longtemps attachées à la personne du « fils du terroir ». Les habitudes ont la vie dure. C’est là une donnée sociologique massive. Elle pourrait affecter négativement ces grands blocs, favorisant une pernicieuse guerre des chefs. Le choc des personnes et des personnalités alimenterait ainsi une guerre ouverte ou larvée,  source de désordre et d’instabilité.

2 – La ligne de visibilité idéologique, en termes de vision et  de discours. Le temps des grandes idéologies, aussi clivées que tranchées, est derrière nous. La conquête du pouvoir d’Etat est davantage rythmée par le pragmatisme des uns, par l’éclectisme des autres, cette salade dont les ingrédients proviennent de tous les horizons. Il faut craindre, dans ces conditions, la difficulté, avec ces grands blocs, à formuler un projet clair, à dégager des idées cohérentes, à mettre en place des plateformes programmatiques ordonnées. L’absence d’une ligne idéologique claire favoriserait la phraséologie politicienne, synonyme de baratin et de démagogie. Qui s’étonnerait alors d’entendre dire que « les promesses électorales n’engagent que ceux qui y croient » ? La constitution des blocs focalise d’abord sur la forme, sur le contenant. Reste et restera le fond, le contenu.

3 – La ligne de visibilité organisationnelle, en termes de structures, d’activités de formation, d’animation de la vie publique. La loi sur le financement des partis politiques offrirait aux différents blocs des moyens d’existence et d’action. Désormais, les militants cotisant, les populations contribuables devraient être plus regardants sur les actions de ces blocs et surtout sur l’argent dépensé. Malheureusement, les uns et les autres, prisonniers de leur passé, ignoreraient longtemps encore leur pouvoir de contrôle.

Les blocs, en leur philosophie profonde, transcendent les anciens fiefs politiques. Pour autant,  ils ne sauraient encore les effacer. Les blocs resteront longtemps un prétexte, sinon une couverture commode et en trompe l’œil qui cache ce qui fut. Dans ces conditions, sous prétexte de faire du neuf, on  chérirait le statu quo, reproduisant et reconduisant nos mauvaises pratiques de toujours. On continuerait ainsi de s’accrocher à son patelin. On chercherait d’abord à défendre ses intérêts propres, avant de penser à servir le collectif, avant d’arborer la casquette commune de son bloc.

4 – La ligne de visibilité politique, en termes de capacité à conquérir et à garder le pouvoir d’Etat. Par rapport au système d’élection qui a cours dans notre pays, nous n’innoverons pas fondamentalement avec le régime des blocs.  C’est, comme qui dirait, blanc bonnet et bonnet blanc. Pourquoi ? Les élections législatives, chez nous, sont lestées d’une certaine dose de proportionnelle. C’est un scrutin de liste au suffrage universel direct. La présidentielle est un scrutin uninominal majoritaire à deux tours.

Le positionnement sur les listes, voilà le grand défi. C’est une bombe à retardement. Beaucoup, ne jouant plus en solo et n’étant plus tout à fait maîtres de leur espace, vont devoir perdre des privilèges. D’autres bénéficieront de promotions inattendues, voire opportunistes. Du rififi en perspective !

L’élection présidentielle verrait les blocs, entre les deux tours,  slalomer entre les deux finalistes. En régime de liberté, on ne peut exclure des candidatures indépendantes, des candidatures hors blocs. Nous n’en avons pas encore fini avec « l’oiseau rare », « l’homme providentiel » et autre « leader charismatique ».

Voilà la lecture plutôt critique que nous faisons des blocs politiques à venir. Le silence ou l’indifférence autour de la question ne balisent que de peu de repères les voies d’arrivée de ces blocs. Alors et à notre manière, nous rompons la glace !

Jérôme Carlos

La chronique du jour du 25 octobre 2018

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