Les fonctionnaires contre les peuples

Mise en ligne par le 11 janvier 2018

Il faut le savoir. Deux équipes sont dans un face-à-face tendu sur le gazon vert du stade de l’Unité africaine. Il y a, d’un côté,   l’équipe des fonctionnaires africains. Elle s’agrippe à la hampe du drapeau des Etats. Il y a, de l’autre côté, l’équipe des peuples africains. Elle porte en bandoulière la conviction forte d’un Kwame Nkrumah : « Africa must unite », l’Afrique doit s’unir. Présentons ces deux équipes. Offrons-nous les moyens nécessaires pour arbitrer ce match continental.

D’abord, l’équipe des fonctionnaires africains. Elle traîne comme une vilaine tare trois maux notoires.

– Elle est victime du syndrome de la « réunionite ». Ainsi appelle-t-on la maladie de ceux qui se réunissent à propos de tout et de rien. Ils parlent à perdre haleine. Ils voyagent par monts et par vaux. Ils prennent les mêmes résolutions et les mêmes recommandations d’une réunion à l’autre. Ils font du sur-place dans un recommencement sans fin. C’est Sisyphe assis sur le tonneau des Danaïdes.

– Elle est victime de la bureaucratie paperassière. Des documents sanctionnant divers sommets de chefs d’Etat, diverses rencontres de ministres et hauts fonctionnaires s’accumulent. Une vraie montagne de papier comme   dans une généreuse et débordante décharge publique. Plus il y en a, plus on se sent des forces pour en produire davantage. La bureaucratie paperassière de l’unité africaine tourne à plein tube. Au mépris des intérêts des peuples.

– Elle est victime d’une cécité historique sévère. La vue n’est jamais longue. Cette équipe ne voit pas plus loin que le bout de son nez. La vision n’est jamais prospective. Cette équipe n’explore que la face extérieure des choses. L’ambition n’est jamais haute. Cette équipe choisit d’être rabougrie et de rester naine. Les résultats engrangés ne sont jamais importants. Cette équipe n’est pas dans l’intelligence de la grande leçon de notre temps, à savoir que l’avenir est aux grands ensembles. Oui, c’est ensemble qu’on est fort. C’est ensemble qu’on peut espérer rester toujours plus fort.

Ensuite, l’équipe des peuples africains. Sur le terrain de l’unité africaine, cette équipe a des atouts sans nombre. Retenons-en quelques uns.

– Elle est solidement assise sur le socle culturel ancestral. Les avatars de l’histoire ont durement affecté l’Afrique. Mais les Africains, dans leur immense majorité, n’ont pas perdu leur âme. Aussi continuent-ils de partager, par delà les frontières érigées par le colonisateur, les mêmes espérances. Portées par les mêmes langues. Vécues à travers les mêmes traditions. Alimentées par les mêmes valeurs…Les Africains, dans leur immense majorité, sont les gardiens jaloux d’un patrimoine mémoriel et référentiel qu’ils tiennent pour une précieuse boussole. C’est leur atout-maître par les chemins tourmentés d’un monde en mutation continue.

– Elle a le sens des opportunités. Le commerce intra-africain n’a jamais cessé entre les peuples africains. Parce que ces peuples n’ont jamais accepté que les frontières érigées par l’étranger et contre leur gré soient des obstacles à la libre circulation des personnes, des biens et des idées. Ils ont construit partout des ponts d’une fraternité et d’une solidarité partagées, rendant ainsi poreuses toutes les frontières. Ces ponts, dans les années de braise de la révolution socialo-marxiste au Bénin, ont sauvé les Béninois. Ceux-ci ont su, en effet, tirer le meilleur profit de leur proximité avec leurs frères et sœurs du Nigeria. Tout comme ils ont su célébrer le voisinage comme une belle opportunité pour leur survie. Ce qui était vrai hier, continue de l’être aujourd’hui. C’est un pied de nez magistral fait à la cohorte de nos fonctionnaires qui ne cessent de pédaler dans la choucroute des textes, conventions et autres traités.

– Elle est résolument dans le sens de l’histoire. Les colonisateurs ont érigé les frontières qui ont balkanisé l’Afrique. Ceci, en fonction de leurs intérêts bien compris. Point n’est besoin de sortir d’Oxford, de Harvard ou de la Sorbonne pour le comprendre. Aucun africain conscient ne peut apporter une quelconque caution à ce qui bloque ou retarde l’intégration africaine. Dans un monde qui se globalise, l’interdépendance des peuples, dans de grands ensembles constitués, est l’option gagnante. C’est la voie du salut. L’isolement et le repli sur soi sont mortels.

Voilà la présentation des deux équipes. Le match commence. Les paris sont engagés. Que reste-t-il à dire et à faire ? Que la meilleure équipe gagne !

Jérôme Carlos

La chronique du jour du 11 janvier 2018


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