Les fruits aigres-doux de la grève

Écrit parle 8 mai 2018

Certainement que le pire est désormais derrière nous. S’apaisent les grèves qui ont secoué, trois mois durant, le pays tout entier. Le front social se rassérène. Allons-nous reprendre le travail sans moissonner les enseignements de l’aventure que nous venons de vivre ? Les fruits aigres-doux d’aujourd’hui   préfigurent les douceurs de demain. Quatre bornes-repères sur le chemin qui y conduit.

1- Se convaincre que la grève, c’est la guerre. Une motion de grève est souvent vite rédigée. Mais on ne prend pas assez conscience de l’onde de choc provoquée, des forces libérées, des responsabilités engagées. Une grève déclenchée vaut une guerre déclarée. Ne pas comprendre ainsi les choses, c’est faire montre d’une inconscience coupable. A l’image de l’enfant qui joue candidement et innocemment avec le feu dans un dépôt de produits inflammables. La grève est une chose sérieuse qui doit être sérieusement traitée. A-t-on une juste idée des enjeux ? Dans quel état de préparation se trouve-t-on ? Quelle marge de manœuvre se donne-t-on ? Sur la foi de quelle stratégie ? Et puis, ce n’est pas parce qu’on a déclenché une grève qu’on a automatiquement partie gagnée. Jean-Paul Sartre, nous a avertis : « Quand on se bat, on peut être battu ».

2 – Prendre la mesure des dommages collatéraux de la grève.

Une grève introduit une dose de désordre dans une organisation. Est suspendue ou altérée une offre de service.  Du fait de la grève, les enseignements sont suspendus à l’école. Ce qui a fait planer sur l’institution scolaire le spectre d’une année blanche. Dans le secteur de la santé, la grève n’a laissé aucune chance à nombre de patients. Ils ont dû solder leur compte dans le grand livre de la vie. Nul ne peut engager une grève sans en anticiper les conséquences, sans en assumer les dommages collatéraux. Et il se trouve que, dans bien des cas, pour une question de primes, c’est l’homme qu’on tue, c’est Mozart qu’on assassine.

Toutes les grèves ne répondent pas aux mêmes impératifs. Il y a des grèves impopulaires. Elles frappent de plein fouet les intérêts du plus grand nombre. Il y a des grèves salutaires. Elles portent les revendications du plus grand nombre. Elles débordent les intérêts strictement corporatistes et catégoriels. Elles confondent, en les interconnectant, plusieurs secteurs de la vie sociale.

3 – Eviter les dérives. La grève engage un bras de fer entre deux parties. La tentation est grande pour chacune des parties d’user de toutes les astuces, de mettre en œuvre tous les moyens pour parvenir à ses fins. C’est ce qui arrive quand on ne s’écoute plus. C’est ce qui se passe quand on ne se parle plus. C’est ce qui s’impose quand chacun tire la couverture à soi. Alors, il n’y a plus place que pour des arguments frappants.  Dans la mêlée qui s’en suit, le droit de la force efface la force du droit. C’est la porte ouverte à toutes les dérives. Rien ne va plus. Tout se délite. Tout se déglingue.

4 – Réinventer la grève ou de la défiance à la confiance.  Sur le plan des luttes sociales, nous sommes les produits d’une école bien connue. Nous y allons apprendre que nul ne peut se poser tant qu’il ne s’est opposé. Conséquence, toutes nos grèves prennent vite les allures d’une défiance à l’autorité. Il faut toiser celle-ci, engager avec elle un bras de fer, lui arracher, par la force, à cor et à cri, ce qu’on estime être son dû.

En vérité, la défiance pose plus de problèmes qu’elle n’aide à en résoudre. Et si nous essayions la confiance ? La confiance, c’est une ambiance. Une ambiance détendue dans laquelle les protagonistes sont dans les liens contractuels d’un respect réciproque. La confiance, c’est une démarche de vérité et de sincérité. Ainsi, autour de la grève, point d’ennemis prêts à en découdre, mais des partenaires engagés à dialoguer, à construire des compromis dynamiques. La confiance, ce sont des mains tendues, ouvertes et offertes. Car il s’agit de gérer ensemble le présent, d’anticiper ensemble l’avenir.

Dans un tel contexte, le dialogue doit être permanent, la bonne foi de règle. C’est à cette seule condition que la négociation peut être engagée à tout instant, sur tous les sujets, sans qu’il soit nécessaire de suspendre le travail. Clairement et simplement dit, sans qu’il soit nécessaire de faire grève.

Jérôme Carlos

La chronique du jour du 8 mai 2018


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