Les intellectuels aux abonnés absents

Mise en ligne par le 5 avril 2018

La grogne sur les radios. L’épanchement libre et sans frontières sur les réseaux sociaux. Le Béninois lambda a conquis le droit de pousser un coup de gueule ou de crier son ras-le-bol sur tous les sujets. Saisissant contraste avec la posture qu’affichent nos intellectuels. Ils se murent dans un silence inquiétant. Pourquoi ces cadres de haut vol, nantis de science et de titres, gestionnaires patentés de la parole publique, se taisent-ils ? Voici, à titre illustratif, cinq chantiers d’intérêt national. Sollicitez l’assistance de nos intellectuels ou appelez-les au secours. Vous risquez de n’entendre que l’écho de votre propre voix.

1- La réforme du système partisan. En près de trente ans de renouveau démocratique, les Béninois ont mal à leurs partis politiques. Des partis nombreux et encombrants. Des partis aux couleurs d’un groupe ethnique, à la taille des intérêts d’une région, à l’odeur de l’argent de Tartempion, Président-Fondateur, Commanditaire-Bailleur. Comment sortir de ce désordre extrême où seul Dieu reconnaîtra les siens ?

La question suscite débats dans les bureaux, sur les marchés, dans les buvettes. Il s’agit, à la vérité, d’une question complexe. Elle exige, au premier degré, une expertise pointue que seuls détiennent nos intellectuels.  C’est l’arome magique   manquant à cette soupe populaire offerte à l’appétit de tous. Nos intellectuels sont outillés pour tirer du chaos des opinions des idées lumineuses. Des idées qui éclairent la société tout entière. Et pourtant, ils se taisent.

2 – Les enjeux de l’environnement et du dérèglement climatique. Colloques et fora se suivent. La menace d’un tsunami à l’échelle planétaire se précise. C’est la conséquence de nos acrobaties et tricheries avec la nature. Violents ouragans par-ci. Ravageurs incendies par-là. Bégayement climatique partout. La nature s’amuse à jouer au yoyo, à se montrer capricieuse hors de toute raison. Elle confond et fait se confronter les saisons. Nos intellectuels, parce qu’ils savent et parce qu’ils savent faire, sont nos meilleurs remparts contre ce désordre universel. Et pourtant, ils se taisent.

3 – Le franc CFA et la création d’une monnaie ouest-africaine. Le débat sur le sujet fait des vagues. Il donne des migraines à la vendeuse du marché international Dantokpa. Il donne des insomnies au vendeur à la sauvette qui se multiplie d’un endroit à l’autre de la ville. Personne ne sait à quelle sauce il sera mangé. Ce qui se dit, chaque jour, sur l’avenir du franc CFA n’augure rien de bon. Avant de tuer un animal, sur recommandation expresse de la tradition, on lui donne un peu d’eau. Ce geste est attendu de nos intellectuels qui savent. Parce qu’ils ont l’onction de la science. Et pourtant, ils se taisent.

4 – La crise sociale au Bénin en ses tenants et aboutissants. Il pleut fort sur le pays avec des grèves qui s’enchaînent. La paralysie de secteurs aussi essentiels que vitaux que sont l’école, la santé, la justice pénalise le Béninois lambda. Chaque jour, il perd ses repères, ne sachant plus à quel saint se vouer. Un essaim de questions l’assaille. La grève, c’est quoi, c’est pourquoi, c’est pour quoi faire ? Qui a le droit de retirer à qui le droit de grève et pour quelle raison ? A quelle logique répond-elle la défalcation des jours de grève du salaire des grévistes ? Pourquoi en exiger la rétrocession ? Nos intellectuels sont outillés pour éclairer la lanterne des uns et des autres. Et pourtant, ils se taisent.

5 – Les acquis de la conférence des forces vives de la nation. Depuis 1990, le mois de février, qui a vu jeter les bases du Renouveau démocratique au Bénin et hors du Bénin, est entré dans notre histoire. Il consacre l’évènement majeur qu’a été la Conférence des forces vives de la nation, matrice de l’expérience démocratique en cours chez nous.  Qu’avons-nous gagné ou perdu en nous engageant dans une telle voie ? Si la démocratie est une construction continue, permanente, comment la gérons-nous au quotidien, en bien ou en mal, par action ou par omission ? Pourquoi avons-nous laissé à l’abandon l’hôtel PLM Alédjo, le lieu témoin de cet accouchement salutaire ? Quelle conscience avons-nous de notre passé et quel rapport entretenons-nous avec notre patrimoine mémoriel ? Nos intellectuels ont l’autorité souveraine de voyager dans le passé, le présent et le futur. Ils peuvent nous aider à comprendre. Et pourtant, ils se taisent.

Jérôme Carlos

La chronique du jour du 5 avril 2018

 

 


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