Les « plus » d’une douteuse modernité

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Le progrès,qu’est-ce ? C’est une progression dans le temps. C’est le passage à un degré supérieur de réalisation et d’auto réalisation. De 1960, année de l’accession de notre pays à l’indépendance, à ce jour, pouvons-nous dire que nous avons progressé ? Voici quelques domaines de notre vie quotidienne où, sur le temps, nous avons effectivement bougé. Mais nous  sommes-nous hissés pour autant à un niveau supérieur de réalisation et d’auto réalisation ?

1 – Nous nous émancipons plus tôt de la tutelle parentale.

La famille était un cocon protecteur. L’enfant y restait le plus tard possible. Il devait, en effet, se donner le temps d’y faire ses classes avant d’affronter les dures réalités de la vie. Aujourd’hui, tout change. C’est l’extérieur qui dicte sa loi et qui pèse de tout son poids. Il oriente l’avenir de l’enfant. A travers l’école formelle. A travers les camarades de classe. A travers la rue. A  travers les réseaux sociaux. A travers le chassé-croisé des valeurs et des contre-valeurs qui structurent la société tout entière.L’individu émerge tôt, se libère de bonne heure de la bride familiale ou communautaire.

2 – Nous nous marions plus tard. Tant qu’il était prioritairement l’affaire des familles, le mariage n’avait pas d’âge.  L’enfant dans le ventre de sa mère, le  bébé qui vagit au berceau servaient déjà de monnaie d’échange pour consolider des liens de famille, pour conclure de futurs mariages, pour nouer diverses alliances.  Aujourd’hui, tout change. Les jeunes qui échafaudent des projets de mariage doivent y regarder à deux fois avant de s’engager. Le mariage, hier matrimonial, prend un caractère conjugal. Il consacre le consentement de deux individus. Devant Dieu et devant les hommes.Par-dessus les proches parents, familles amies et alliées

3 – Nous allons plus vite. Nous avons été d’abord de fieffés piétons. Puis nous avons accédé à des moyens de locomotion de plus en plus perfectionnés : vélos, vélomoteurs, motos, autos…Nos jeunes compatriotes connaissent-ils « le taxi-kannan », l’ancêtre du« Zémidjan » ? Aujourd’hui, tout change. Les techniques et les technologies nous permettent d’aller plus vite et plus loin. Au prix d’accidents de plus en plus nombreux, de plus en plus graves, avec leur lot de blessés,d’handicapés, de morts… La triste rançon du progrès.   

4 – Nous mangeons de plus en plus mal. La mal bouffe, portée par l’agro-business, s’universalise. Elle tend à s’imposer comme facteur et vecteur de civilisation. Depuis que nous avons rompu avec nos ancêtres ainsi qu’avec nos us et coutumes pluriséculaires, nous voilà mangeant ce que nous ne produisons pas. Nous voilà important des maladies nouvelles comme l’hypertension artérielle, le diabète, diverses maladies cardiovasculaires, diverses hépatites… On a dit, à juste raison, que «Nous creusons nos tombes avec nos dents ». Et pourtant…

5 – Nous vivons plus longtemps. L’espérance de vie est en progrès constant. Il s’agit, pour reprendre à notre compte la définition qu’en donnent les spécialistes, de « la durée moyenne de vie humaine, dans une société donnée, établie statistiquement sur la base des taux de mortalité ». Revenons à nos familles respectives. Nous enregistrons, d’une génération à l’autre, un crédit d’âge. En ce sens que nous vivons aujourd’hui plus longtemps qu’hier. A quoi sert-il ce crédit de temps gagné sur nos pères et grands pères si nous devions continuer à mal manger, à malmener la terre, à pourrir l’héritage à transmettre à nos enfants, à violer les  lois de la nature ?

 6 – Nous mentons plus souvent. Nos sociétés sont de plus en plus complexes et les choses sont de moins en moins simples. Alors, pour nous en sortir, tous les moyens sont bons. Entre tous, le mensonge. On se ment à soi-même, croyant se cacher  derrière son petit doigt, oubliant que « l’œil était dans la tombe et regardait Caïn ». On ment aux autres, sûr d’avoir assez de ressources pour rouler durablement tout le monde dans la farine. Mais « A malin, malin et demi ».

Etymologiquement, « plus » signifie «  en grande quantité ». Il sert de comparatif à beaucoup. Mais nous venons de voir que« plus » n’induit pas forcément le bien, le bon, le beau, le vrai.Attention au piège des mots. Les mots sont à l’image de l’éléphant. A en croire la rue, ça trompe énormément.

Jérôme Carlos

La chronique du 11 décembre 2018

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