Les « trous » de l’agenda présidentiel

Written by le 3 décembre 2017

Le Chef de l’Etat n’a pas besoin d’être au four et au moulin. La surexposition de sa personne, en termes de communication, comporte plus d’inconvénients que d’avantages. Il reste que le Chef de l’Etat doit être partout où on l’attend, qu’il doit tout faire comme cela s’entend.
Un coup d’œil sur le programme des activités du Président Patrice Talon révèle quelques impasses. A tenir pour autant de « trous » dans l’agenda présidentiel. Quatre « trous » au moins retiendront notre attention.
1- Les conférences de presse. Ce sont des rencontres formelles entre une personne, une autorité porteuse d’une parole et des journalistes ayant capacité à diffuser celle-ci pour l’information du public. Ces rencontres s’ordonnent selon les règles d’un jeu de questions/réponses. Qu’est-ce qui rend nécessaire la présence de la Haute autorité en cet espace et dans ce jeu ?
Les ministres, dans le cadre de ce qui se laisse entendre par « normo communication », communiquent peu. Leurs initiatives ne passent le mur de la décision pas avant l’approbation d’une commission ad hoc.
Par ailleurs, les réseaux sociaux font dans l’amalgame et le sensationnel. Ils agrègent et désagrègent tout en une salade indigeste. Quand l’informel dicte ainsi sa loi, plutôt avoir affaire à Dieu qu’à ses saints. Autant entendre la voix du Chef que de faire foi aux bruits qui courent.
2- Les visites dans le Bénin profond. Cotonou fonctionne comme un piège. Il capte l’attention universelle. Il cristallise l’essentiel de l’actualité nationale. Certes, il y a le lien permanent qu’autorisent les technologies de l’information et de la communication. Mais rien ne vaut le contact direct, le constat de visu, les bains de foule…La meilleure manifestation et illustration du suffrage universel, c’est la présence effective du Chef auprès de ses mandants. Chacun reste ainsi conforté dans le sentiment qu’aucune parcelle du pays n’est marginalisée, qu’aucun de ses enfants n’est minoré ou laissé pour compte. Alors, est-ce trop demander au Chef de l’Etat de faire droit aux vœux des citoyens de nos douze départements et de nos soixante-dix sept communes ? Les uns et les autres sont en attente de le voir, de le recevoir.
3 – L’arbitrage en dernier ressort. La structure même de l’Etat, telle qu’en dispose notre constitution, place le Chef au sommet de la pyramide du pouvoir d’Etat. Il est l’arbitre suprême dans certaines situations d’embrouillamini général. La grève récente des divers corps de santé, en a été la parfaite illustration. Des ministres, quoique couverts de l’autorité de l’Etat, n’ont pu avoir l’oreille des travailleurs en grève. Leurs paroles et arguments ont glissé comme l’eau sur les plumes d’un canard. Voilà que, un peu comme dans l’Egypte ancienne :  » le pharaon apparaît et les choses sont ». A tout changé le face à face Chef de l’Etat et travailleurs en grève. Dans les situations de crises majeures, plutôt que de laisser courir ou pourrir, le Chef de l’Etat se doit de rentrer dans la danse. Il doit afficher cette posture solaire qui fait de lui l’astre majeur autour duquel gravitent tous les autres.
4 -Le porte-voix du Bénin en Afrique notamment. Le Bénin est un petit pays de par sa superficie. Mais le Bénin est un grand pays de par son voisinage avec le Nigeria. Nous avons, de ce point de vue, une présence politique régionale à affirmer. Avec pour point d’appui la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO). Le Chef de l’Etat doit être l’incarnation forte, le pilier central de cette politique.
De même, le Bénin, en Afrique, pèse de peu de poids par la démographie, par la superficie. Il n’a pas moins de sérieux atouts pour être l’une des voix qui compte. Il dispose, en effet, de compétences, de potentialités nécessaires pour s’affirmer, au sein de l’Union africaine (UA), comme un pôle d’idées novatrices et de propositions constructives.
Quelle orientation stratégique nouvelle pour le NEPAD ? Quelle résonnance panafricaine donner à l’idée du Chef de l’Etat d’ouvrir notre pays en supprimant le visa d’entrée pour tous les Africains ? Quelles réflexions et initiatives conduire autour de la question d’une monnaie africaine à l’heure où s’anime sur le sujet, en particulier sur l’avenir du CFA, un débat tous azimuts ? Tout ce qui vient d’être dit ne peut être porté que par une seule voix, sous un seul visage : le Chef de l’Etat.
Jérôme Carlos
La chronique du jour du 21 novembre 2017


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