Lettre ouverte au Président Macron

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La restitution du patrimoine culturel africain est plus que jamais d’actualité. C’est le président béninois, Patrice Talon, qui a sonné l’hallali. Mais vous avez su saisir la balle au bond. Vous venez de conclure la chasse de fort belle manière.

En effet, le 28 novembre 2017, à Ouagadougou, vous avez annoncé la mise en œuvre, dans un délai de cinq ans, de la « restitution temporaire ou définitive » du patrimoine africain à l’Afrique. Et vous avez ajouté : « Je ne peux pas accepter qu’une large part du patrimoine culturel de plusieurs pays africains soit en France (…) Le patrimoine africain doit être mis en valeur  à Paris mais aussi à Lagos, à Cotonou ». Le 23 novembre 2018, vous avez décidé de remettre symboliquement au Bénin 26 pièces.

Un tel engagement vous honore et vous grandit. De notre promontoire d’observateur, nous appréhendons l’ouragan des interrogations, le frisson des intérêts, le choc des arguments et des paradoxes. C’est un tsunami que vous avez provoqué. Et vous en verrez, les jours prochains, des vertes et des pas mûres. C’est la rançon d’un engagement franc pour la vérité.

Cette vérité n’est pas celle de la France. Elle n’est pas non plus celle de l’Afrique. C’est la vérité d’un homme libre. Parce que vous avez su vous soulager des pesanteurs d’autrefois, vous libérer des querelles d’avant-hier. A chaque génération sa lecture du passé. Une lecture autant que possible lucide, décomplexée, intelligente. C’est là la boussole. Celle qui oriente, sans risque d’emballement, malgré la poussière et la brume de l’inessentiel, sur les chemins escarpés de l’avenir.

Le fin mot de ce débat, vous l’avez dit, Monsieur le Président, c’est RESTITUTION. Les modalités diverses, politiques, juridiques, techniques et autres suivront. Qu’on ne demande pas de ramener au bercail, à la vitesse grand V, des biens culturels partis depuis si longtemps pour un exil que nous avions cru sans retour. Nombre de ces biens ont eu le temps d’oublier les sentiers qui conduisent en leurs demeures.  Aussi saurons-nous donner du temps au temps, dès lors que l’horizon de nos espérances flamboie désormais de l’incandescence de mille soleils.   Nous sommes confiants !

Pour autant, Monsieur le Président, le combat engagé ne sera pas un chemin semé de roses. Beaucoup de vos compatriotes, en mal d’arguments, se replient frileusement sur la législation française en vigueur. Le sort de ces biens patrimoniaux, comme vous le savez, était déjà scellé, soumis aux principes d’airain de l’inaliénabilité, de l’imprescriptibilité et de l’insaisissabilité. D’autres se désolent de ce qui restera au musée du quai Branly qui condense l’essentiel du patrimoine en question. Se sont-ils  préoccupés de ce qui est resté sur les terres d’origine de ces pièces, suite à une spoliation inqualifiable ? Se sont-ils apitoyés sur le sort des victimes, de ceux qui en ont été dépouillées ? D’autres encore, Gros Jean comme devant, éructent aigreur et transpirent colère. Ils soutiennent que nous ne serons pas à la hauteur pour garantir à ces pièces de bonnes conditions de conservation. Comme si nous étions des manchots, à la  cervelle courte.

Vu d’Afrique, un processus nouveau s’enclenche.  L’histoire redémarre. L’espoir renaît. Les passions s’apaisent. Les ombres s’estompent. Les querelles se calment. Nous voici de plain-pied avec un univers où responsabilité semble rimer désormais avec équité. C’est notre conviction : il en sera ainsi chaque fois et toutes les fois que les hommes sauront rendre à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu. Plus de  résignation à la fatalité du fait accompli. Aux oubliettes la frilosité stérile d’un activisme de mauvais aloi. Nous rentrons dans une nouvelle ère, l’ère d’une souveraineté aboutie.

On ne  répare jamais complètement un mal. On ne se relève jamais totalement d’un traumatisme. Le profane collectionne des pièces en bois, en terre, en métaux, ceci à diverses fins. Jamais, il n’accèdera au caractère sacré de ces pièces, aux rôles et aux fonctions qui leur étaient assignés dans leurs espaces originaires. Le visiteur d’un musée a des préoccupations esthétiques ou marchandes. L’Africain, dans sa relation à ces objets et dans les conditions requises, est dans une célébration. Celle à travers laquelle il saisit toutes les dimensions de son être et se saisit comme co-créateur avec Dieu. La perte du sens. Voilà le mal dont n’a cessé de souffrir l’Afrique. L’ignorance a pris le relais. Elle a conduit certains à soutenir que « L’Africain n’est pas rentré dans l’histoire » Que dire de plus ?

Merci, Monsieur le Président. Nos vœux vous accompagnent.

Jérôme Carlos

La chronique du jour du 27 novembre 2018

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