L’homme, maître de la pluie

Mise en ligne par le 1 mars 2018

Les pluies sur Cotonou, cette année, arrivent à l’heure. Malgré le dérèglement climatique universel dont tout le monde se plaint.  Rendez-vous avec les pluies. Rendez-vous également avec les inondations. Cotonou n’est plus qu’un gros village lacustre livré à l’action parasitaire des moustiques, des mouches et autres batraciens. C’est, chaque année, la même rengaine. Comme pour signer l’échec de toutes nos initiatives en matière de lutte contre les inondations.

Devons-nous l’accepter comme une fatalité ? Devons-nous renoncer au combat et rendre les armes ? La vraie question est ailleurs : avons-nous fait tout ce que nous devons pour apporter des réponses durables à la question des inondations à Cotonou ? C’est notre conviction : si l’homme est la mesure de toute chose, l’homme peut aussi se rendre maître de la pluie. Identifions les trois types d’obstacles ou les « 3B » qui nous ont détournés jusqu’ici d’une solution salutaire et durable.

– Premier « B » : les blocages psychologiques. Les populations ainsi que les administrations successives de Cotonou sont parvenues à la conclusion que les inondations sont le lot naturel et incontournable de la ville. Aussi se sont-elles laissé bloquer sur l’idée selon laquelle Cotonou est en dessous du niveau de la mer, sur un site essentiellement marécageux où la nappe phréatique est quasiment à fleur de sol. Si les Hollandais avaient ainsi raisonné, jamais ils n’auraient réussi à construire les « polders », gagnant ainsi des milliers d’hectares de terre sur la mer.  Cotonou peut vaincre ses inondations saisonnières. Mais c’est d’abord dans la tête qu’un tel combat se mène et se gagne.

– Deuxième « B » : les barrières financières. Il a été dit que Cotonou ne viendra à bout de ses inondations saisonnières qu’en mobilisant des dizaines de milliards de nos francs. Une somme d’argent qui donne le vertige, à côté des priorités d’une ville où tout est à faire. Il est possible, aujourd’hui, de créer une entreprise sans le premier sous. Il est également possible de vaincre les inondations à Cotonou sans que l’argent ne s’impose comme l’indispensable sésame. L’argent ne pense pas. L’argent est au service de l’homme. Voilà la clé de tous les possibles. Des hommes et des femmes solidairement soudés dans une action concertée de progrès ont plus que la force opérationnelle d’une grande armée en mouvement.

– Troisième « B » : le bouchon des habitudes consolidées. Dans la lutte contre l’inondation à Cotonou, nous répétons, chaque année, les mêmes gestes et nous tenons les mêmes discours comme dans un rituel fixe et immuable. Pas d’innovations notables ni d’efforts d’imagination convaincants. La routine a raison de tout ce que nous entreprenons. Nous le savons pourtant : « Comme on fait son lit, on se couche ». Alors, quelle solution aux inondations à Cotonou ?

1- Changer de vision. D’abord, la lutte contre l’inondation déborde les responsabilités de la seule ville de Cotonou. Enjeu national. Sujet d’intérêt national. Ensuite, la lutte contre l’inondation à Cotonou n’est pas l’affaire exclusive des autorités publiques. C’est l’affaire de tous. Elle exige donc une action citoyenne globale. Le citoyen ne devrait pas attendre l’Etat. Et l’Etat ne devrait pas placarder à son fronton : « Si vous êtes prêt, je suis prêt ». Enfin, l’eau, source de vie, doit cesser d’être vue comme une source de malheurs. Nous ne luttons pas contre les eaux de pluies. Nous cherchons plutôt à les domestiquer, à les canaliser, à les recycler. Pour le meilleur.

2 – Changer d’ordre de priorité et de responsabilité. Les initiatives que nous prenons ne devraient plus commencer à l’orée de la saison des pluies. Elles devraient couvrir toute l’année et se poursuivre avec ou sans les pluies. Par ce fait, les tâches doivent être bien définies et surtout bien réparties, dans l’esprit du proverbe bien connu : « Chacun son métier et les vaches seront bien gardées ». Doivent donc disparaître les inscriptions comme « La Mairie travaille pour vous ». Retenons : « La Mairie travaille avec vous et pour vous ».

3 – Changer de mode opératoire. Dans le cadre nouveau ainsi tracé, l’administration doit en finir avec la propension à décider et à faire en lieu et place des populations. L’écoute de celles-ci, la concertation la plus large avec celles-ci ouvriraient la voie à une collaboration harmonieuse et fructueuse. C’est vrai qu’on ne peut être heureux tout seul. C’est encore plus vrai qu’on ne peut faire le bonheur de quelqu’un à sa place. Qui dit mieux ?

Jérôme Carlos

La chronique du jour du 1er mars 2018


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