Liberté de presse et défis de l’heure

Mise en ligne par le 3 mai 2018

La liberté de la presse : belle et magnifique denrée. Elle est généralement honorée ce 3 mai pour ses vertus. Elle est généreusement louée, ici et là, pour son parfum. La liberté, c’est la bonne terre sur laquelle pousse et prospère une bonne presse. Au bonheur de ceux qui la consomment. Il faut, en effet, s’informer et se former. Il faut connaître les enjeux et les défis de son temps. Il faut s’armer et s’outiller pour participer, en toute connaissance de cause, à un débat à plusieurs voix. La construction et le renforcement de la démocratie et de l’Etat de droit sont à ce prix. Essentielle est la contribution de la presse dans l’ordre du développement humain. La qualité de cette contribution est proportionnelle à l’espace de liberté offert, acquis ou conquis. Plus libre est la presse, plus grande et plus pertinente devrait en être l’action.

Si la liberté de la presse ne se discute plus, elle n’est pas moins sujette à de graves interrogations. Au regard des mutations qui affectent et conditionnent le présent et l’avenir de la presse. Le rythme du tam-tam change. Doivent également changer les pas de danse. Quatre questions, quatre réponses. Objectif : cerner la problématique d’une presse qui, sans rien céder sur le principe de la liberté, ne doit pas moins trouver ses marques sur les sables mouvants d’une modernité semée de pièges.

1- Tout le monde, aujourd’hui, est-il journaliste ? A l’heure où la téléphonie mobile, via les réseaux sociaux, permet au premier venu de s’informer et d’informer, grande est la tentation de trouver au tout venant une vocation de journaliste.  L’espace de l’information, naguère chasse gardée pour une poignée de spécialistes, est pris d’assaut par la multitude. Les réseaux sociaux réussissent ainsi l’exploit de s’imposer comme la plus grande salle de rédaction du monde. Ils charrient sur la planète entière un volume incommensurable d’informations. Ce phénomène massif signe-t-il la mort de la presse ? Beaucoup le pensent. Mais, faire œuvre de journaliste, c’est exercer un métier. Animer les réseaux sociaux, c’est s’adonner à un passe-temps pour amateur en mal d’une occupation plus honnête. C’est toute la différence entre savoir piloter une moto et être un « Zémidjan », un conducteur de taxi-moto.

2 – Tout ce qui nous parvient de partout et de nulle part est-il bon à consommer ? Pour le journaliste professionnel, au commencement sont les faits. Lesquels ne deviennent des informations comestibles et digestes qu’à la suite d’une longue élaboration. Identifier les sources, faire tout passer par une série de filtres et de tamis : de la sélection des faits à leur vérification, en passant par leur recoupement. Les informations provenant des réseaux sociaux ne connaissent point un tel processus de transformation. C’est au-dessus des capacités de journalistes supposés, improvisés, autoproclamés. Les productions de ceux-ci ne fleurent rien de bon. C’est du poison, un poison aux effets dévastateurs.

3 – La technologie, aussi merveilleuse et aussi performante qu’elle soit, aura-t-elle le dernier mot sur l’homme ? Les produits de la science et de la technologie envahissent notre profession. Beaucoup s’en accommodent, s’abandonnant à   glisser sur la pente d’une douce insouciance. L’esprit critique s’émousse. Le discernement s’évapore. La rigueur s’effrite. Des gestionnaires de réseaux sociaux, au nez et à la barbe de la presse, ont influencé l’opinion de millions de citoyens et détourner leurs suffrages. Si l’on devait s’émerveiller au point de s’effacer devant la science, de s’asservir aux impératifs de la technologie, c’est la liberté qui en prendrait un coup. Le journaliste se réduirait alors à n’être plus qu’un robot aux ordres. Nous n’aurions affaire qu’à un pantin manipulé. Science et technologie d’accord, mais l’homme d’abord.

4 – La presse est-elle à normaliser ou à normer ? Normaliser, c’est assujettir à une règle donnée, c’est accorder et s’accorder à un modèle imposé. Normer, c’est fixer, organiser et ordonner selon une norme, c’est-à-dire selon ce qui doit être en termes d’idéal, de règle, de but. La norme en journalisme, c’est l’ensemble des valeurs éthiques, morales, déontologiques qui servent de boussole à l’activité professionnelle. Au point qu’on puisse dire « Science journalistique sans conscience, n’est que ruine de la profession de journaliste ». Et nos oreilles résonnent d’une grave interpellation : liberté de la presse, oui ! Mais, pour quoi faire ? A quelles fins ? Questions essentielles, en quête et en attente de réponses.

Jérôme Carlos


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