Mots et expressions du folklore politique

Mise en ligne par le 19 avril 2018

Ils aiment à se prendre au sérieux. Les politiciens – car c’est d’eux qu’il s’agit-se donnent des raisons pour se croire les « phénix des hauts de ces bois ». Mais les populations qui les mandatent ne se laissent pas prendre au jeu. Elles rient et se rient d’eux, ne cessant d’animer un certain folklore politique tissé de sobriquets et de surnoms, brodé de bons mots et d’expressions savoureuses.

Sous le Renouveau démocratique, tous les Chefs qui présidèrent et qui continuent de présider aux destinées de notre pays ont reçu et reçoivent, par un petit nom, l’eau de baptême des mains des populations.

Le Président Nicéphore Soglo a hérité du surnom d’Hercule. Allusion à ce demi-dieu de la mythologie gréco-latine, symbole de la force physique. Il était de juste, en effet, de penser que le Bénin, au tournant des années 90, était un vaste chantier. Tout était alors à faire ou à refaire. On avait donc bien besoin d’Hercule pour libérer le pays de la chienlit.

Le président Mathieu Kérékou, une fois qu’il se fut soulagé des perles révolutionnaires de « Caméléon » ou de « Grand Camarade de lutte », retrouva, sous le Renouveau démocratique, le sonore et sympathique surnom de « Kékéréké ».  Un surnom qui exhale un parfum de popularité. Un surnom qui souligne la proximité entre le chef et ses mandants. Ce que le « Pasteur de Kuarfa », un autre surnom de Mathieu Kérékou, a su cultiver, son règne durant, avec un art consommé.

Le Président Boni Yayi n’a pas hérité moins de trois sobriquets : « Le chantre du changement », en lien avec le slogan de campagne du candidat Boni Yayi en 2006 : « Ca change ? Ca va changer. Ca doit changer ! ». « Le buffle de Tchaourou », situe l’homme par rapport à son terroir. « Papa bonheur » souligne sa bonhomie dans ses relations avec le public. Mention honorable pour « Je vous aime » adressé à toutes les femmes du Bénin.

Le Président Patrice Talon est accueilli avec le surnom de « Agbonon », l’homme fort, l’homme intrépide, l’infatigable. Il se défend de mériter un tel surnom. En tout cas, pas avant le terme fructueux et concluant de sa mission à la tête de son pays. En somme, on n’est pas « Agbonon » sur un coup de cœur. Mais seulement par avancement au mérite.

Par ailleurs, le folklore politique a attaché un mot ou une expression à chacun de nos chefs. Nicéphore Soglo a fait breveter l’expression « Faire rendre gorge ». Mathieu Kérékou : « Si vous êtes prêts, je suis prêt ». Boni Yayi : « La dictature du développement ». Mais à tout seigneur tout honneur : Patrice Talon est l’actuel locataire du Palais de la Marina. Il a déjà gravé des mots dans la mémoire de son quinquennat. Sans oublier les mots dits par d’autres et qui sont à mettre au crédit du « Nouveau départ ».

  • Le Bénin est un désert de compétences. Cette expression a été lancée depuis l’Elysée, aux côtés du Chef de l’Etat français, François Hollande. Mais un rectificatif est vite intervenu pour signer la mea culpa présidentielle : « Le Bénin est une mer de talents ». C’est déjà mieux et c’est tant mieux.
  • Se serrer la ceinture. C’est l’invite expresse faite par le Chef de l’Etat à ses concitoyens appelés à la patience et à l’esprit de sacrifice. Nul ne doit s’asseoir tranquillement pour que Dieu le pousse sûrement.
  • On avisera. Le Chef de l’Etat s’est d’emblée présenté à ses compatriotes comme l’homme du mandat unique. Une originalité dans une Afrique où la tendance dominante est d’user d’artifices pour s’agripper au pouvoir. Les analystes politiques estiment que le « on avisera » de Patrice Talon tire à conséquence. Il serait, d’une part, l’expression d’un dépit à la suite du rejet du projet de révision de la constitution. Il marquerait, d’autre part, l’éloignement du cercle vertueux d’un pouvoir présidentiel limité et déconcentré.
  • La rage et la ruse. Pour opérer un retour en zone et signifier que le pouvoir est prêt à tout pour atteindre ses objectifs. C’est connu : en politique, les hommes passent. Mais demeure le machiavélique enseignement : c’est la fin qui justifie les moyens !

Terminons ce tour du folklore politique au Bénin par un jeu. Voici une courte brochette de mots. Ils vous sont familiers. Mettez le nom d’un politicien sur chacun d’eux. « Renard ». « Le philosophe de Jonquet ». « La coq ». » « Pi-Pan. » Attention : les meilleurs à ce jeu seront récompensés.

Jérôme Carlos

La chronique du jour du 19 avril 2018

 


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