Noël : l’envers et l’endroit de la fête

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Noël frappe à nos portes. Elle ne frappe pas moins à nos porte-monnaie. Une réclame, à Cotonou, de manière insistante, nous rappelle la vérité du jour : « la fête aura lieu ». (FAL). Mais quelle fête ? D’abord et avant tout la fête des enfants. Les traditions l’ont ainsi voulu. Les pratiques et les habitudes l’ont ainsi consacré.

Mais la fête passera. Le Père Noël s’en retournera vers ses latitudes froides. Que restera-t-il alors de nos feux de joie ?  L’enfant. Celui d’ici, d’ailleurs et de partout. Tous ces enfants sont différents les uns des autres. Mais ils ont tant de choses en commun. Des choses qui habillent d’une même laideur leur vie de tous les jours. Sans jouer les rabat-joie ou les trouble-fête, intéressons-nous à cet arbre de Noël singulier planté au cœur de l’enfance du monde. Cueillons-en quelques fruits.

1 – L’enfant et la famille. Longtemps et quasi unanimement perçu comme « un don de Dieu », l’enfant, aujourd’hui, chez nous, n’est plus qu’un fardeau pour plus d’un. Les  géniteurs doivent assumer et s’assumer. Le cercle de famille a beau applaudir à grands cris, avec l’enfant qui naît, c’est une charge nouvelle qui vient s’ajouter à d’autres, c’est une bouche supplémentaire qui est à nourrir. La joie d’une naissance peut  être tempérée par les contraintes et obligations nouvelles. La bonne volonté ne suffisant toujours pas, on s’en remet, pour le reste, à Dieu. A l’impossible nul n’est tenu. Et à mouton tondu Dieu mesure le vent.

2- L’enfant et l’école. La famille qui s’est désengagée en partie de ses responsabilités vis-à-vis de l’enfant, en confie l’éducation à l’école. Laquelle éduque de moins en moins. Laquelle enseigne de plus en plus mal. L’enfant a toutes les chances d’être un vase que l’on remplit, au lieu d’être idéalement un feu que l’on allume. On ne le prépare pas à  affronter le monde. On ne l’outille pas pour répondre à la question du maître à son serviteur dans la parabole des talents : «  Qu’as-tu fait des talents que je t’ai confiés ? ».

3 – L’enfant et le travail. Triste et pénible image que celle de ces  enfants jetés de bonne heure dans l’univers infernal du travail. Sous prétexte de les former à un métier, on les déforme physiquement, psychologiquement à l’orée de leur vie. Pourtant, en la matière, des textes de  loi protègent l’enfance et nous avons ratifié diverses conventions internationales. La présence précoce de l’enfant sur les chantiers de la vie, fait le lit d’un illettrisme intégral et d’une déscolarisation de masse.

4- L’enfant et la rue. La rue offre un boulevard à l’enfant qui est fâché avec la famille et qui n’a plus goût pour l’école. La rue, ici, s’entend comme un espace de non droit, une zone de rupture. C’est une société à part disposée sur les bas côtés de la société réelle. C’est le royaume des marginaux. Tout se ligue pour y précipiter l’enfant inconscient des dangers qu’il coure. Il ne peut en être autrement : les balises sur son chemin de vie disparaissent les unes après les autres et jour après jour.

5 – L’enfant et les guerres. Les toutes premières victimes de nos guerres et conflits, ce sont les enfants. Ils sont brutalement jetés sur les chemins de l’exil. Ils sont livrés, pieds et poings liés, à leurs bourreaux qui en disposent. Ici, des enfants-soldats. Là, des enfants esclaves sexuels. Partout, des vies et des destins à jamais ravagés et fracassés.

Voilà comment les adultes mêlent les enfants à leurs querelles, en le leur font payer au prix fort. C’est injuste. C’est inacceptable ! Mais, il faut se faire une raison. Nos protestations comptent et valent si peu contre les balles assassines des gestionnaires de la violence à l’échelle de la planète : fabricants, vendeurs, marchands d’armes et mercenaires de tout poil.

6 – L’enfant et la révolution des technologies. Quand la vie est si difficile à vivre, grande est la tentation de s’évader, de se connecter à un monde irréel, virtuel. Tout prépare l’enfant à cette évasion. Les technologies numériques, toujours plus performantes, ont une offre illimitée pour le meilleur et pour le pire. Où nous conduisent-elles ces autoroutes de l’avenir qui maillent notre planète ? Vous êtes à Cotonou et vous comptez y fêter Noël. Mais votre enfant est déjà loin, très loin. Le saviez-vous ? Bonne fête quand même.

Jérôme Carlos

La chronique du jour du 20 décembre 2018  

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