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Le Bénin n’a que trop bien compris la leçon. Pour un développement à la base abouti, pour la promotion de la démocratie au quotidien, pour un rapprochement de l’administration de l’administré, notre pays a fait l’option de décentraliser. Mais la conscience citoyenne que devrait porter un tel projet tarde à s’incarner.

Pour parodier le mot célèbre, le citoyen nouveau que nous appelons de nos vœux, c’est moins celui-là qui se demande ce que sa commune, sa mairie peut faire pour lui. C’est plutôt celui-là qui s’assure de savoir ce qu’il peut faire pour sa localité, pour son quartier, pour sa commune et au-delà, pour son pays. Dans un ordre logique des choses, on commence   par aimer son quartier, pour se donner de meilleures raisons d’aimer son pays.

Une conscience citoyenne responsable est celle qui doit animer le Bénin tout entier. De la base au sommet. Des espaces publics aux coins et recoins de nos maisons. La décentralisation, c’est notre affaire à tous : ceux qui veulent s’approprier leur destin, ceux qui ambitionnent d’être des pilotes aux commandes de l’aéronef de leur vie.

Nous entendons des suppliques. Nous sommes environnés de jérémiades. Nous côtoyons des citoyens assis sur leurs maux et tourments, bras croisés, tous ressorts cassés.  » Monsieur le Maire, au secours ! »   » Qu’on vienne fermer, ici, un caniveau. » « Qu’on vienne détruire, là, un nid de bandits » « Qu’on apporte, plus loin, l’électricité ». La République des pleureurs et des pleurnicheurs est ainsi aux abois. Toute cette bande de geignards et de larmoyants, nous n’en voulons pas, nous n’en voulons plus. Oui, pour la République de vaillants citoyens qui vont au devant de leurs problèmes. Qui prennent leurs têtes pour inventer des solutions. Qui participent à la vie de leur cité. Qui s’impliquent pour faire bouger les lignes dans leur communauté. Qui mettent quotidiennement et concrètement la main à la pâte. Comment en être un ? Comment prendre sa part à cette véritable révolution qui devra aider à changer la face de notre pays ? Qu’on se rappelle, il n’y a guère longtemps, la farouche détermination d’une poignée de citoyens résidents à la zone des ambassades à Cotonou.

Il faut créer une conscience citoyenne du quartier, faisant de cet espace, l’espace étalon de la citoyenneté. Nous devons nous affirmer aussi bien citoyens de nos quartiers qui nous accueillent tous les jours que citoyens de notre pays qui nous a adoptés pour toujours. Cette conscience citoyenne du devoir met en lumière des responsabilités et des obligations. Déroulons-en quelques unes.

La propreté et l’assainissement dans un quartier, pour être effectifs, n’ont pas besoin de l’intervention des gros engins de la Mairie. Des citoyens organisés et décidés peuvent devenir des vecteurs puissants d’un changement radical et durable. Pour peu qu’ils se jettent à l’eau. Pour peu qu’ils prêchent par l’exemple.

Nous avons vu un tel mouvement citoyen dans une ville-capitale de notre sous- région. Le Maire face à l’engagement responsable de ses mandants fut mis, purement et simplement, devant le fait accompli. Mieux, ce mouvement citoyen, parti d’un quartier, a essaimé dans tous les autres quartiers, donc dans toute la commune. Pour dire que les bons exemples ont une force de contagion sans pareille.

On a vu, ailleurs, des citoyens s’organiser pour assurer la sécurité de leur quartier à travers des brigades mobiles de nuit. La capacité dissuasive de ces brigades a permis d’obtenir d’appréciables résultats. Elle a surtout éveillé l’attention des responsables de la commune brutalement placés devant leurs responsabilités. On le sait :  » Qui porte le fardeau à hauteur des genoux incline Dieu à l’aider à le hisser sur la tête. »

Le quartier pourrait s’animer de diverses activités qui soudent les générations, confortent les familles, instaurent un climat de réelle convivialité. L’arbre de Noël, les cours de vacances, le maracana du quartier. Point de repos pour l’imagination, cette admirable machine à inventer, à créer, à innover…

Voilà comment un exemple local, voire anonyme, peut s’ériger en un bon exemple universel. Et le citoyen le plus modeste,   inconnu au bataillon, sans lorgner le sommet de l’Etat, peut se rendre utile à lui-même, à sa communauté, à son pays. Si nous ne sommes pas à un même et égal niveau sur l’échelle des responsabilités, nous ne sommes pas moins tous égaux en droits et en devoirs.

Jérôme Carlos

La chronique du jour du septembre 2017