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    EXPRESSION POPULAIRE – Lorsque quelqu’un éternue, il est d’usage de lui répondre « À vos souhaits ». D’où vient donc cette étrange habitude ? nous vous proposons d’élucider la question.

 

L’éternuement est sournois. Il est souvent vain de vouloir le réprimer. Que vous soyez à table, au bureau, en famille, entre amis… Vos narines vous chatouillent de plus en plus. «Ah… Ah… Atchoum!», vous écriez-vous soudain. «À vos souhaits», vous lancera-t-on alors le plus naturellement du monde! Vous répondrez sans doute un «merci» étouffé, harassé par cette bourrasque inopinée venue de votre poitrine. Si vous éternuiez une seconde fois, on pourrait vous lancer «À vos amours». Au troisième éternuement, l’on vous dira: «Et que les tiennes durent toujours»! Il n’en fut pas toujours ainsi.

Dans l’Antiquité, l’expression d’usage était: «Que Jupiter te conserve» (transformée par les chrétiens en «Que Dieu vous bénisse»). Éternuer était de bon ou mauvais augure, selon les circonstances. Celles-ci, très aléatoires, pouvaient dépendre par exemple de la position de la Lune ou du moment de la journée. En cas de mauvais augure, user de cette expression permettait de protéger de la malchance par l’invocation d’une divinité. Au contraire, si les circonstances étaient favorables, éternuer était le signe du passage d’un esprit divin. On le saluait donc humblement.

              Au Moyen Âge, lors de l’effroyable épidémie de peste (qui tua, entre 1347 et 1352, près de 30 à 50% de la population européenne), éternuer était le premier symptôme de la maladie. Dire «À vos souhaits» au potentiel malade était une manière de lui souhaiter la santé et de conjurer un destin funeste.

Il existe enfin un troisième sens, spirituel… Et surtout superstitieux. En effet, on a longtemps cru que l’âme résidait à l’intérieur de la tête. Le moindre éternuement risquait alors d’expulser l’âme hors de son refuge! Prodiguer des vœux servait à conjurer ce mal. Mettre sa main devant sa bouche se révélait aussi bien utile pour garder son âme à l’intérieur de sa tête… Ou bien afin d’empêcher qu’un démon n’entre par la bouche. Aujourd’hui, le démon n’est autre qu’une flopée de bactéries prêtes à sévir!

Aucun pays n’a pas le monopole de l’éternuement. Ni de l’expression qui lui est liée! Celle-ci se décline en effet dans une multitude de langues étrangères… Et son sens varie parfois sensiblement. Ainsi, les Finlandais ont pour habitude de répondre «Pour la santé» après un éternuement… Car, lorsque nous éternuons, notre cœur cesse de battre pendant une fraction de seconde. L’éternuement est un peu une mort. Revenir à la vie après avoir éternué signifie donc que l’on se porte bien! Plus au sud, en Angleterre et en Ecosse, les nourrices pensaient que, tant que l’enfant n’avait pas éternué, il était ensorcelé car habité par les fées.

Vous pouvez à présent «atchoumer» en toute connaissance de cause!