Qui forme qui et pour quoi faire ?

Écrit parle 25 janvier 2018

Il faut être aveugle pour ne pas le voir : notre système de formation marche avec des béquilles. Nous continuons de cultiver et d’entretenir, dans ce secteur, de graves lacunes. Elles relèvent d’une irresponsabilité sans nom. C’est l’homme qui est en situation. Ce sont les ressources humaines qui sont en question. Elles ne sont ni à banaliser, ni à faire passer par pertes et profits. Dans l’ordre de nos priorités, c’est le poste numéro1.C’est la matière première de tout vrai développement. Voici, à titre illustratif, quelques unes de ces plaies.

1- L’inadéquation entre l’offre et la demande de formation. Nombre de nos institutions de formation fonctionnent comme des usines à produire des bras cassés. Il s’agit de tous ceux-là   qui ont appris quelque chose, qui savent quelque chose, qui savent faire quelque chose. Malheureusement, ils ne peuvent rien faire avec ce qu’ils savent, ils ne peuvent rien faire avec ce qu’ils savent faire. Pourquoi ? Les programmes de formation de nos écoles sont souvent en déconnexion avec les besoins du marché de l’emploi. Dans ces conditions, l’incompétence n’est pas seulement défaut de connaissances. Elle est aussi inaptitude à servir son environnement humain, à être utile à soi-même et aux autres.

2 – Le déficit d’un recyclage continu, permanent. Nous avons opté, au Bénin, pour l’avancement à l’ancienneté au détriment de l’avancement au mérite. Cela ne peut que faire le lit d’une incompétence qui ne dit pas son nom. Biffez la compétition d’un cursus professionnel. Mettez, en lieu et place, la gestion tranquille et pépère d’une carrière rectiligne et paisible. Vous courez vite et droit vers une médiocrité crasse. Vos aptitudes professionnelles sont gelées. Les ressorts du service, cette aptitude à se rendre utile aux autres et à soi-même, sont brisés. Bienvenue au royaume des incompétents.

3 -La vacuité des stages d’étudiants en entreprise. L’habitude est prise par nos étudiants de faire valider leur année académique par des stages en entreprise. Une bonne idée.   L’entreprise est, en effet, le point de chute final de l’apprenant.  Il faut, de bonne heure, qu’il y aille faire ses armes. Seulement voilà, bien des questions essentielles se posent.  Dans quelles conditions se déroulent-ils ces stages ? Quid de l’environnement et de l’encadrement professionnels de ces stages ? Qui évalue, sur quelle base et selon quels critères, les performances des stagiaires ? Quelle adéquation entre le besoin de stages et le besoin d’accueil de stagiaires pour justifier une nécessaire liaison entre l’école et l’entreprise ? Sans des réponses claires à toutes ces questions, le stage reste un alibi. Il masque à peine la triste vérité : ce sont des milliers d’incompétents que nous libérons sur le marché de l’emploi.

4- La coupure entre recherche et enseignement. La recherche, dans nos pays, c’est le parent pauvre. Elle est perçue comme un produit de luxe. Elle n’a donc pas sa place dans un contexte qu’on tient pour miné et ravagé par la pauvreté et la nécessité. C’est ce qui explique qu’en nos pays, tout se passe comme si l’innovation et la création ont choisi leur camp et leur nationalité. C’est ce qui explique également, qu’en nos pays, nous restons incurablement des consommateurs aux basques des autres. C’est ce qui explique, enfin, qu’en nos pays, les maîtres, dans tous les ordres d’enseignement, dans le supérieur notamment, rabâchent les résultats des recherches des autres. On a alors affaire à des perroquets récitants, traînant leur suite des apprenants incapables.

5 – La sanction problématique des apprentissages non formels. Dans tous les coins de rue de nos grandes agglomérations poussent comme de mauvaises herbes des garages auto, des salons de couture et de coiffure, des ateliers de soudure, de plomberie, d’électricité etc. Ainsi, chaque jour que Dieu fait, on forme à la pelle une multitude d’apprentis à   différents métiers. Mais comment les forme-t-on ? Qui forme qui ? Dans quelles conditions ? Pour quel profil d’hommes ou de femmes de métier ? Un faisceau de questions qui attendent des réponses claires et précises. Faute de quoi, ce sont des milliers d’incompétents que nous libérons, chaque fois et toutes les fois, sur le marché de l’emploi. Le crime est parfait : nous laissons entrer le loup dans la bergerie. Bonjour les dégâts !

Jérôme Carlos

La chronique du jour du 25 janvier 2018


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