Raison d’un échec, échec de la raison

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La saison des examens tire à sa fin. Tombent les résultats qui sanctionnent une année scolaire. Félicitations aux admis.  Intéressons-nous aux autres. Pour ne pas dire à ceux qui ont échoué. Il est rare, chez nous, que l’on réponde de son échec, que l’on en assume la responsabilité. Si l’échec n’est pas perçu comme un signe du destin, il est vu comme la manifestation de forces obscures. De quel bois font-ils feu ceux de nos élèves et étudiants rentrés bredouille de la chasse aux diplômes en cette fin d’année scolaire ?

1 – La chance n’aurait pas été de la partie. Faut-il croire à l’existence et à la toute puissance d’une fée appelée  » la chance » ? Elle aurait, dit-on, la haute main sur nos examens et concours. Elle serait nantie du pouvoir de porter les uns au succès, de précipiter les autres dans les abîmes de l’échec. Drôle de manière d’expliquer le succès et de justifier l’échec. Il faut se faire une raison : l’intervention de la chance dans nos examens et concours relève d’une grosse blague. Une histoire à dormir debout. Le vrai nom de la chance, c’est le travail. Pour des individus en compétition, le travail est, en effet, la ligne de démarcation et de partage entre le succès des uns et l’échec des autres. Tout le reste n’est que bobard.

2 – Les moyens pour réussir auraient fait défaut. Nombre de nos jeunes élèves et étudiants expliquent leur échec par un défaut ou un déficit de conditions nécessaires et suffisantes à la préparation de leur examen. L’idéal, pour eux, aurait été qu’ils aient tout à leur disposition. Repas, à l’heure. Espace d’étude calme. Energie, donc lumière, en continu. Livres et autres documents à portée de main. Un ou plusieurs répétiteurs.

Qu’on pense, un instant, à la plupart des cadres de notre pays. Ils n’ont pas eu à bénéficier de tant de facilités. Ils n’ont pas moins passé brillamment leurs examens et concours. Ils étaient pauvres. Ils ne mangeaient pas à leur faim. Ils ne bénéficiaient d’aucun encadrement. Le soir, ils étudiaient à la lumière des lampadaires, le long des rues de Cotonou et de Porto-Novo, assaillis par une nuée de moustiques.

3 – L’enseignant serait responsable de l’échec de ses apprenants. Soit qu’il n’aurait abordé aucun des aspects du ou des sujets proposés à l’examen. Soit qu’il n’aurait pas des capacités pédagogiques avérées pour conduire au succès ses apprenants. Soit que la grève, devenue un sport national, l’aurait souvent éloigné de ses apprenants. Soit qu’on aurait affaire à un enseignant adepte des « notes sexuellement transmissibles » et qui, de ce fait, en fait voir de toutes les couleurs à la gent féminine. Nombreuses sont les charges qu’on fait porter à l’enseignant pour justifier l’échec de l’apprenant.  Le fabuliste nous a instruit d’une vérité : « Qui veut noyer son chien, l’accuse de rage ».  Dans l’ouvrage « Je réussis à tous mes examens », un élève a confié à Thomas Boya et à Jérôme Carlos : « Quand j’ai de mauvaises notes, je n’accuse jamais le maître, je m’accuse moi-même ».

4 – Les sorciers ou le mauvais sort auraient éloigné le succès. Ici, c’est une grand-mère qui est accusée d’être une sorcière. Là, c’est une marâtre qui est soupçonnée de détenir un sortilège malfaisant. Voilà comment, sur fond de vilains sentiments, nos contradictions familiales s’invitent dans nos examens et concours. Soit pour justifier les échecs des uns. Soit pour expliquer les déboires professionnels des autres. Soyons clair : prendre pour argent comptant ces histoires de sorciers et de sorcières, c’est se faire l’artisan de sa propre damnation. Car personne ne maudit personne. On se maudit soi-même.  Les penseurs positifs nous l’ont appris : « Tout ce que l’esprit de l’homme peut concevoir et croire, l’esprit de l’homme peut le réaliser ».

5- L’examen comme un pis-aller. C’est-à-dire une formalité à laquelle on sacrifie faute de mieux. Beaucoup de jeunes béninois anticipent ainsi leur échec aux examens au motif que les diplômes censés les sanctionner ne servent à rien. Juste un passeport pour le chômage. Et de rappeler, pour exemples, des conducteurs de taxis-motos titulaires d’un master ou des médecins diplômés (bac+8) qui n’en finissent plus de se chercher. Ainsi, pour ces jeunes, moins on en fait, mieux ça vaut. Alors, succès ou échec ? Pour eux, c’est du pareil au même. C’est bonnet blanc et blanc bonnet. Point barre !

Jérôme Carlos

La chronique du jour du 9 août 2018

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