Relire le PAG

Mise en ligne par le 3 décembre 2017

« Le Nouveau départ » n’est pas un plat de viande tombé du ciel sur le Bénin et sur les Béninois. A l’image, dans les temps bibliques, de la manne qui tomba sur le peuple de Dieu dans le désert. « Le Nouveau départ », c’est la déclinaison d’une vision, celle du candidat Patrice Talon. Il est devenu depuis un projet officiel de gouvernance articulé en un programme d’action du gouvernement (PAG).

Entre la lettre et l’esprit d’un programme, il y a place pour des questions. On se doit de les poser. Non pour le plaisir de couper les cheveux en quatre. Mais pour apporter une contribution. Il faut qu’il y ait autant de générosité à suivre l’exécution du PAG qu’il y en a eu pour le concevoir. Aussi s’agit-il de s’investir d’un devoir d’accompagnement critique. C’est notre conviction : des autoroutes partout, du travail pour tous, ne suffiront ni à rendre le Béninois totalement heureux, ni à faire du Bénin un pays complètement développé. Il vaudra mieux nous sentir bien dans nos têtes et dans nos cœurs que de disposer de biens à ne savoir plus quoi en faire. Trois questions pour servir de grille de relecture du PAG.

 1- « Qui sommes-nous » ? Cette question déborde les exigences du RAVIP (Recensement administratif à vocation d’identification de la population). Le RAVIP est une opération   comptable et statistique. Le « Qui sommes-nous » nous soumet à la nécessité de connaître ce qui participe de notre singularité sociologique et humaine. Nous ne sommes pas des êtres de hasard. Nous sommes une communauté d’hommes et de femmes qui ont une histoire, qui ont destin lié sur cette portion de terre appelée le Bénin. Nous ne sommes pas moins divers, avec des hérédités et des héritages tout aussi divers. Nos cultures se trouvent ainsi convoquées. De leur dialogue, naîtra la nation béninoise de nos rêves. Car là où se dressent des frontières ou des obstacles, la culture sait mettre des passerelles, construire des ponts.

Sous ce rapport, il faut accorder à la culture, dans le PAG, la place qui doit être la sienne, la première. Le dernier remaniement ministériel n’a pas semblé aller dans cette direction. La Culture est contrainte à une cohabitation forcée   avec la Jeunesse, les Sports, les Loisirs et le Tourisme. A charge pour ce dernier de la tracter. Vivre de sa culture, c’est bien. Vivre sa culture, c’est mieux. Notre première préoccupation s’énonce ainsi qu’il suit : le statut de la culture.

2- « Où sommes-nous ? » Tout naturellement au Bénin. Mais plus véridiquement, nous sommes sur cette terre qu’on a tenu à désigner par l’expression « Ici, c’est le Bénin. » Qu’a-t-on voulu ainsi dire ?

– Nous sommes une terre ravagée par des contre-valeurs. Comme si, sous l’aiguillon de la mondialisation, nous avions   jeté aux orties l’héritage ancestral. L »homme était au centre. »Gbèto wê gné non mon ». « Gbèto wê gnin dokun ».

– Nous sommes une terre que nous prétendons « aimée de Dieu », mais sur laquelle prospère la religion de l’argent. Qu’on cherche à gagner à tout prix, voire à n’importe quel prix.

– Nous sommes une terre où on ne vote quasiment jamais pour quelqu’un, mais presque toujours contre quelqu’un.

Sous ce rapport, l’Education est interpellée.  Il s’agit moins de construire la cité du savoir et de l’innovation que de changer de paradigme. D’où la question ci-après : « quel citoyen béninois pour quel « Nouveau départ » ? Notre deuxième préoccupation s’énonce ainsi qu’il suit : la place de l’éducation.

3- « Où allons-nous » ? Certainement vers l’avenir, un avenir  heureux à souhait. Mais comment est-ce possible sans les repères d’hier, sans nos références identitaires ? Or, de plus en plus, nous insultons la mémoire. Nous sommes amnésiques de l’essentiel. Une certaine actualité libyenne n’a pas assez fait saigner en chacun de nous Ouidah, terre, s’il en fût, de la traite négrière.

Sous ce rapport, le PAG, doit éclairer nos horizons et poser clairement le problème de notre destination finale. A terme, nous rendrons-nous mentalement libres ? Parviendrons-nous à nous forger un destin de gagneurs ? Saurons-nous nous prendre en charge ? Notre troisième préoccupation s’énonce ainsi qu’il suit : le rôle de la mémoire.

Au total, au bout des milliards à engager, quel Béninois accueillerons-nous sur le quai de la gare du « Bénin révélé » ?  Le personnage d’une belle aventure ou une personne humaine accomplie ? L’habitant d’un territoire ou le citoyen d’un pays ?

Jérôme Carlos

La chronique du jour 28 novembre 2017


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