Rues et routes du « nouveau départ »

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Cent jours. C’est le délai qu’a universalisé la presse pour apprécier une nouvelle administration. Un bilan à mi-parcours paraît plus convaincant. Le quinquennat de Patrice Talon est vieux de deux ans et demi. Le chef a quitté une rive. Il est au milieu du fleuve. A mi-chemin de l’autre rive.

Le bilan que dresse une majorité de Béninois des deux ans et demi de la gouvernance de Patrice Talon nous paraît trop tranché. Quand on est pour le régime, on dit que tout va bien. Quand on est contre le régime, on dit que tout va mal. Ce tableau en blanc et noir est de peu d’intérêt. Interrompons cette partie de ping-pong. Et si, en termes de bilan, nous  sortions des sentiers battus ? Posons la balle dans la rue. Allons visiter certains axes routiers de notre pays. C’est en ces lieux que Patrice Talon, nous semble-t-il, a le mieux révélé le Bénin à ses compatriotes.

A l’avènement du « Nouveau départ », nos grands axes routiers fourmillaient de « Cheik-points », de barrages de Police. Parcourir quelques kilomètres tourne vite en un chemin de croix. S’y ajoutent le temps et l’argent qu’on perd, au prix d’interminables contrôles harassants. Vous l’aurez remarqué :   ces barrages de police ont disparu. Voilà qui donne du sens à la libre circulation des biens et des personnes.

L’opération libération de l’espace public n’a pas été conduite selon les règles de l’art. Elle laisse un goût d’inachevé mâtiné  d’aigreur et de souffrances. Force est de reconnaître  cependant qu’elle a aidé le Béninois à se libérer d’une grosse confusion. Confusion entre ce qui est public et privé. Confusion entre le domaine de l’Etat et l’espace privé.

Les week-ends, Cotonou et Porto-Novo notamment, offraient leurs rues et voies aux mariages et aux baptêmes des uns, aux funérailles et aux assemblées de prières des autres. Espace public occupé. Rues et voies barrées. Circulation interdite. Comme dirait l’autre, on est où là ?  Les Béninois viennent de comprendre que la liberté des uns doit s’arrêter là où commence celle des autres

Depuis la reconstruction de l’axe routier Porto-Novo-Cotonou, il y a un peu moins de vingt ans, les lampadaires disposés le long de la voie ont plus produit de l’obscurité que de la lumière. Dans l’indifférence de nos autorités, de nos députés notamment. Ils empruntent souvent cet axe routier. Patrice Talon vint et la lumière fut. Malheureusement sur une dizaine de kilomètres,  du pont de Porto-Novo au rond point de Sèmè-Podji. Qu’attend-on pour faire plus et pour faire mieux ? Tant qu’il reste à faire, rien n’est encore fait.

Les Béninois peuvent-ils, enfin, dire adieu au délestage ?  C’est encore trop tôt. Mais nous n’en sommes plus loin. Un effort colossal a été déployé pour nous libérer des coupures intempestives d’électricité. Nous en sommes les bénéficiaires. Aussi bien dans nos maisons que dans les rues de nos quartiers. Dans ce dernier cas, partout où il y a des lampadaires. Des lampadaires qui marchent.

Plus de « Klébé » sur votre route. Il s’agit de ces assistants de douaniers, cooptés comme tels par ces derniers. Mais qui sont totalement inconnus de l’institution douanière. Une  anomalie. Le « Nouveau départ », en accord avec la sagesse des nations, a une autre idée sur la question : « Chacun son métier, les vaches seront bien gardées ».

Les sachets plastiques non dégradables avaient envahi notre quotidien. Où que nous nous trouvions, où que nous allions, ces sachets nous suivaient et nous accompagnaient comme notre ombre. Nous avions beaucoup parlé. Nous avions beaucoup  sensibilisé. Le « Nouveau départ » a choisi de viser plus haut. Nous voici rendus à l’étape du droit, donc de la loi, pour enrayer le phénomène et libérer nos rues.

Qui a parlé d’asphaltage avant l’arrivée de Patrice Talon au Palais de la Marina ? Beaucoup, à peu de frais, ont eu à  enrichir leur vocabulaire. Nous attendons tous de voir s’ouvrir partout des chantiers destinés à changer le visage de nos grandes agglomérations urbaines. Au fait, du côté des motos, aviez-vous remarqué que le casque de sécurité s’est généralisé ?

Voilà le bilan que nous faisons de la gouvernance à mi-parcours  du quinquennat de Patrice Talon, dans nos rues et sur nos axes routiers. Nous y avons positionné nos caméras.  Elles témoignent. A chacun d’en juger !

Jérôme Carlos

La chronique du jour du 16 octobre 2018