Une hirondelle ne fait pas le printemps

Written by le 9 novembre 2017

 

C’est une tradition bien établie : un remaniement ministériel est toujours perçu et reçu comme quelque chose de neuf. On a tôt fait d’oublier ceux qui partent. Focus sur ceux qui arrivent. « Lorsque l’enfant paraît, a dit le poète, le cercle de famille applaudit à grands cris ». Le dernier remaniement ministériel intervenu chez nous n’a pas dérogé à la règle. Il reste que notre préoccupation est ailleurs.

Trois départements ministériels sont réfractaires à tout changement, même quand ils changent de titulaires. Il y a urgence à les soulager d’une lourde tare. Qu’on imagine une poule qui pondrait plusieurs œufs, mais qui n’en couverait qu’un seul. Qu’on imagine un bel arbre qui attirerait tous les regards au point de cacher la forêt autour et aux alentours.  Quels sont donc ces trois départements qui sont à soumettre à un ajustement structurel pour une mue essentielle ?

1- Le ministère de l’agriculture ne doit pas être le ministère du coton. Quand on parle d’agriculture dans notre pays, il n’y en a que pour cette denrée. C’est vrai : elle occupe une place non négligeable dans notre économie ; elle génère des milliers d’emplois directs et indirects ; elle pèse d’un poids certain dans notre balance commerciale. Mais cette denrée gagnerait à être transformée sur place. Faute de quoi, nous sommes réduits à continuer à manger notre maïs en herbe. Et pourtant, il y a encore assez de terres pour faire pousser, chez nous, oignon, tomate, pomme de terre, riz… tous produits que nous continuons d’importer.

2 – Le ministère des Sports ne doit pas être le ministère du football. Les Béninois adorent le football sacré et consacré « le sport roi ». Ce fait d’évidence n’autorise pas, pour autant, à ériger le football en une discipline sportive étalon. Celle devant laquelle toutes les autres s’effacent. Tout pour le football. Rien ou si peu pour les autres sports, rendus au destin de parents pauvres ou relégués aux oubliettes. On grossit tout d’un côté. On rapetisse tout de l’autre. A l’arrivée, on a fait du football un monstre budgétivore.  Et les résultats tardent à suivre.

Laissons-nous nous enfermer dans l’aphorisme biblique qui veut que soit rendu à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu. Pour dire que, du fait de l’engouement des Béninois pour le football, nous serons bien inspirés de lui donner   l’espace, le crédit, les moyens qu’il mérite. Sans pour autant oublier le basketball, l’athlétisme, le handball, le judo… etc. Pour rappel, au cas où on l’ignorerait, au tableau des médailles et des titres glanés ici et là, la boxe et les arts martiaux ont plus honoré et gratifié le Bénin, notre pays. Cela doit faire réfléchir.

3- Le ministère de la Culture ne doit pas être le ministère de la musique. La Culture est vaste. Elle couvre un espace immense. Elle intègre moult réalités d’une extrême complexité. La politique culturelle, la législation culturelle, la conservation et la sauvegarde du patrimoine, la formation des personnels culturels (conseillers, administrateurs, entrepreneurs-gestionnaires, enseignants, muséologues…), la formation des artistes-créateurs (musiciens, écrivains, cinéastes, chorégraphes, plasticiens…), l’animation culturelle ou la consommation fondée sur une véritable industrie des produits culturels, la coopération culturelle…

Vaste panorama de réalités. Immense programme d’action et de réalisation. On pécherait par minimalisme en réduisant la culture aux seules dimensions de la musique. Et quelle musique ! Ailleurs, les musiciens vont à l’école de la musique. Ils vont y apprendre à lire et à écrire la musique. Ailleurs, un environnement favorable à la promotion de la musique est constitué : l’éducation artistique et musicale est assurée dans les écoles, formant de futurs consommateurs de la bonne musique. Ailleurs, des infrastructures de production et de promotion sont partout disponibles. Sans oublier des centres de recherches qui décuplent les capacités de création des musiciens, renouvelant les sons et les rythmes, améliorant les instruments de musiques. Ailleurs, les droits d’auteurs et les droits voisins sont garantis, la musique devant nourrir son homme de musicien.

Comprendre ainsi qu’il y a déjà tant à faire pour la seule musique, suffit à faire comprendre qu’il y a encore plus à faire pour la Culture en général. Sous la tente commune, il y a place pour chacun et pour tous. Alors, qu’on cesse de chercher à tirer la couverture à soi.

Jérôme Carlos

La chronique du jour du 9 novembre 2017

 


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