Valeurs estimées, valeurs mesurées

Mise en ligne par le 16 août 2018

La vie est un choix.  On peut la laisser dans un flou artistique. On peut tout autant la tracer comme un chemin de rigueur. Le flou autorise bien des fantaisies. Le chemin de rigueur est synonyme de précision. Ce choix fondamental nous place, en lien avec les exigences du développement de nos pays, devant des valeurs estimées et des valeurs mesurées. Que voulons-nous dire ? Commençons par clarifier les concepts.

Dans notre entendement et dans le cadre de la présente chronique, est estimé ce qui est calculé approximativement. Cela dénote une absence de précision. Cela éloigne de toute exigence de rigueur. Est mesuré, par contre, ce qui est évalué par une comparaison avec un étalon de même espèce. Par exemple, on mesure un tissu au mètre. On évalue une distance en mètre ou en kilomètre. On apprécie la capacité d’un récipient à son volume, la durée d’un acte ou d’un événement en minutes, heures, jours, semaines, mois, années…

Comme on le voit, entre des valeurs estimées et des valeurs mesurées, le fossé est immense. C’est toute la différence entre quelqu’un qui fait du surplace, ayant oublié que qui n’avance pas recule et quelqu’un d’autre qui bouge, étant assuré que qui avance se donne des chances d’aller plus loin. Quelques exemples pour le montrer et pour le démontrer.

Combien de temps perdons-nous, chaque jour, dans nos marchés, à marchander des biens et marchandises, discutaillant à perdre haleine ? A la vérité, le jeu n’en vaut pas la chandelle. La ménagère n’a que faire de jouer au yo-yo avant de s’approvisionner et de remplir son panier. Ailleurs, cela se passe autrement. Les prix sont étiquetés au départ. Le reste n’est plus qu’une question de volume ou de poids. Question à plusieurs milliers de nos francs : quel est le volume et le poids d’un « togolo » de gari ou de farine de maïs ?

Un Etat civil estimé est bardé de failles. C’est la voie ouverte à la triche et à la fraude. Il vaut mieux qu’on soit né tel jour, tel mois, telle année que de nager en pleine incertitude, flanqué de la mention « né vers. » Souvenez-vous de la mésaventure de ces jeunes footballeurs appelés à nous représenter à un championnat continental des moins de vingt ans. Ils ont été disqualifiés pour la plupart. L’épreuve  d’imagerie médicale à laquelle ils ont été soumis a révélé que leur âge réel ne correspondait pas à celui que portaient leurs documents d’Etat civil.

Vous l’aurez constaté, aucun événement, aucun rendez-vous, chez nous, ne se situe dans un cadre temporaire strict et précis. Nous nous donnons des marges qui autorisent toutes les fantaisies, tous les excès. Nous nous vautrons dans des caprices qui nous rendent totalement contre productifs. Ici comme ailleurs, c’est le règne de l’approximation. A cause de cette élasticité extrême du temps au Bénin, aucune réunion, aucun concert, aucun événement ni ne commence ni ne finit à une heure donnée, à une heure précise. Malheureusement, « la tête », en la matière, ne montre pas le bon exemple. Puisqu’il en est ainsi, personne, hors quelques uns, vite assimilés à des fous, ne se sent encore obligé d’être à l’heure à son travail. Au fait, que coûtent nos retards, en valeurs chiffrées, à l’administration, à nos entreprises, à l’économie du pays ?  Personne ne vous dira que tel événement a lieu à telle heure. On vous dira plutôt à partir de telle heure. Convenons que partout dans le monde qui dit : « à 20 heures » n’exprime pas la même idée que celui qui dit « à partir de 20 heures ». Y aurait-il une exception béninoise ? On est bien tenté de le croire.

Tout ce qui précède, opposant « valeurs estimées » et « valeurs mesurées », affecte l’ensemble de notre société. Nous sommes atteints d’une grave maladie. Elle pèse sur les fonctions vitales de l’Etat. Elle annule nos efforts de développement. Elle autorise toutes les fraudes, ouvre la voie à toutes les tricheries. Pourquoi ce déficit criard de données chiffrées dans notre administration ? Pourquoi nos statistiques ne s’imposent-elles pas encore partout comme d’indispensables outils fiables ? Comment des agents de l’Etat, morts depuis Mathusalem, continuent-ils de toucher leur pension ? Pourquoi n’avons-nous jamais réussi, depuis des lustres, à nous accorder sur un fichier électoral fiable et consensuel ? Bienvenue au Bénin, le pays des Listes électorales permanentes informatisées aux visages multiples et à géométrie variable !

Jérôme Carlos

La chronique du jour du 16 août 2018


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