La situation actuelle au Bénin marque une évolution inédite dans la gestion du pouvoir exécutif. Pour la première fois, un président de la République élu continue d’exercer des fonctions ministérielles au sein du gouvernement, en attendant son investiture officielle.
Loin d’une simple curiosité institutionnelle, cette configuration révèle surtout une stratégie de continuité du pouvoir. Dans un contexte où le président élu appartient à la même majorité que le chef de l’État sortant, la transition ne s’inscrit pas dans une logique de rupture, mais plutôt dans une dynamique de transmission maîtrisée.
Sur le plan juridique, la Cour constitutionnelle du Bénin, à travers sa décision DCC 21-008 du 7 janvier 2021, établit que la qualité de président est acquise dès la proclamation des résultats. Ainsi, Romuald Wadagni dispose déjà d’une légitimité institutionnelle, bien que son pouvoir effectif reste suspendu à la prestation de serment.
Le décalage entre l’élection et l’investiture, désormais étendu sur plusieurs semaines, crée une période intermédiaire inédite. Mais loin de générer une instabilité, cette phase permet au pouvoir en place de maintenir la cohérence de l’action gouvernementale, tout en préparant la relève dans un cadre contrôlé.
Cette continuité présente un avantage stratégique : elle limite les incertitudes, assure la stabilité des politiques publiques et évite les ruptures brutales souvent observées lors des alternances. Elle traduit également une volonté de consolidation du pouvoir au sein d’un même courant politique.
Ainsi, plus qu’une anomalie, la présence d’un “ministre-président” apparaît comme l’expression d’une transition politique maîtrisée, où la stabilité prime sur la rupture.
Bertin Djitrinou




