Accueil A LA UNE CHRONIQUE DU JOUR : Des partis indispensables mais invisibles

CHRONIQUE DU JOUR : Des partis indispensables mais invisibles

L’élection présidentielle du 12 avril s’est tenue. La campagne, elle, s’est achevée le 10 avril, au terme de deux semaines marquées par une forte mobilisation sur le terrain.

Meetings, déplacements, porte-à-porte… la mobilisation a été intense dans de nombreuses
localités. Mais au-delà de cette dynamique, un constat s’impose : les partis politiques ont été peu visibles.

Un constat qui peut surprendre. Car aujourd’hui, au Bénin, aucun candidat ne peut se présenter sans être porté par des partis politiques, à travers le mécanisme du parrainage.
Autrement dit, sans partis, pas de candidature. Et pourtant, une fois la campagne lancée, leur présence est restée peu visible.

Mais ce phénomène est-il réellement nouveau ?

En réalité, l’élection présidentielle au Bénin a toujours reposé sur une dynamique d’hommes. Depuis le renouveau démocratique, ce sont des figures capables de rassembler qui structurent le jeu politique, souvent au second tour, autour de coalitions.

Ce qui change aujourd’hui, c’est la configuration de l’élection. Avec seulement deux candidats en lice, et une dynamique qui, dans les faits, semblait devoir se jouer dès le premier tour, cette logique de rassemblement s’est estompée.

Résultat : les partis, bien qu’indispensables pour porter les candidatures, deviennent moins visibles dans la phase de campagne.

Dans le même temps, la mobilisation s’est construite autour des candidats eux-mêmes. Ce sont eux qui sont allés directement à la rencontre des populations, portés par des soutiens multiples, souvent organisés en mouvements.

Parallèlement, la campagne médiatique s’est déroulée dans un cadre défini, avec des formats comme “Face à la Nation” ou “En route vers la Marina”, diffusés sur les médias.
Ces dispositifs ont permis aux candidats de présenter leurs projets. Mais ils n’ont pas installé de véritables moments de confrontation directe entre les candidats.

Au final, la campagne s’est déroulée sans débat frontal, et sans une visibilité forte des partis politiques.

Dès lors, une question se pose :

Quelle est aujourd’hui la place réelle des partis politiques dans une élection présidentielle au Bénin ?

Sont-ils devenus de simples instruments de validation des candidatures ? Ou restent-ils des
acteurs appelés à structurer durablement la vie politique?

Cette question prend une dimension particulière avec la nouvelle Constitution, qui introduit une trêve politique de plusieurs années après l’élection.

Dès lors, que deviendront les dynamiques observées pendant la campagne ? Les mouvements, très actifs aujourd’hui, vont-ils disparaître une fois l’élection passée ? Ou au contraire, s’imposer comme de nouveaux acteurs de la vie politique, en dehors des cadres traditionnels ?

Et dans ce paysage, quel rôle restera-t-il aux partis politiques ?

Au fond, la question n’est peut-être pas celle de la disparition des partis. Elle est celle de leur place réelle dans l’élection présidentielle.

Car malgré la réforme du système partisan, les candidats continuent d’émerger comme des figures individuelles, souvent extérieures aux partis eux-mêmes.

Les partis politiques sont donc indispensables pour porter les candidatures…mais peinent encore à s’imposer comme des acteurs centraux de l’incarnation politique.

Une contradiction qui éclaire, au fond, les évolutions du système politique béninois.

Wilfrid Ahouassou

À jeudi prochain

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