Ce mardi 28 avril, le monde entier a commémoré la journée de la santé et de la sécurité
au travail. Une journée pour rappeler une réalité souvent sous-estimée : travailler peut
exposer à des risques, parfois graves, parfois irréversibles.
Mais au-delà de cette commémoration, une question se pose avec acuité au Bénin :
quelle protection pour les travailleurs du secteur informel ?
Car c’est là que se situe une réalité centrale de notre économie.
Selon les données de l’Institut National de la Statistique et de la Démographie et des
institutions internationales comme la Banque mondiale, le secteur informel concentre
plus de 80 % des emplois au Bénin.
Autrement dit, l’essentiel de l’activité économique repose sur des travailleurs qui
évoluent en dehors des cadres formels.
Artisans, commerçants, apprentis, conducteurs, travailleurs domestiques… ce sont
eux qui, au quotidien, font tourner notre économie.
Mais en cas d’accident, de maladie ou de perte d’activité… la majorité d’entre eux
reste sans protection.
Pas de couverture sociale structurée.
Peu de mécanismes d’indemnisation.
Des revenus souvent précaires.
Et pourtant, les risques sont bien réels.
Les données de la Caisse Nationale de Sécurité Sociale (CNSS) montrent une progression rapide des accidents de travail dans le secteur formel.D’après Appolinaire Cadete TCHINTCHIN, Directeur général de cet organisme de protection sociale, le nombre total d’accidents liés au travail a grimpé de 1230 cas en 2021 à 2294 cas en 2025.
Mais dans l’informel, une grande partie des incidents échappe encore aux statistiques.
Dès lors, une question s’impose : peut-on durablement construire une économie solide
sans protéger ceux qui la font fonctionner ?
Car au fond, le sujet dépasse la seule dimension sociale. Il touche directement à la
solidité de notre modèle économique.
Un modèle largement porté par l’informel… mais où la protection reste encore limitée.
Des initiatives existent pourtant pour corriger cette situation. Le programme ARCH,
lancé ces dernières années, vise justement à étendre progressivement la protection
sociale aux populations les plus vulnérables, à travers l’assurance maladie, le
microcrédit, la formation et des dispositifs de retraite.
Une avancée importante. Mais une avancée encore partielle au regard de l’ampleur du
défi.
Dans son projet de société, le président élu Romuald Wadagni s’inscrit dans cette
dynamique, avec l’ambition d’élargir davantage la couverture sociale, notamment au
profit des travailleurs agricoles et des acteurs de l’informel.
L’intention est claire : aller vers une protection plus inclusive. Mais la mise en œuvre
pose une question essentielle : comment protéger sans fragiliser ?
Car l’informel fonctionne aussi par sa souplesse. Il ne s’agit donc pas seulement
d’imposer des règles. Il s’agit de construire un équilibre.
Protéger sans étouffer.
Encadrer sans freiner.
Intégrer sans exclure.
C’est là que se situe l’un des chantiers importants des années à venir.
Car une économie ne se mesure pas uniquement à sa croissance. Elle se mesure aussi
à la capacité d’un pays à protéger ceux qui la font vivre.
Et sur ce point, le chantier reste encore largement ouvert aujourd’hui.
Wilfrid Ahouassou
À jeudi prochain




