Ce dimanche 24 mai, Patrice Talon quittera officiellement le pouvoir après dix(10) années à la tête du Bénin.
Une page importante de l’histoire politique récente du pays s’apprête ainsi à se tourner. Car, au-delà des débats et des controverses, un constat semble aujourd’hui difficile à contester:
Patrice Talon a profondément modifié la manière de gouverner le Bénin. Et cette transformation a commencé dès décembre 2016 avec la présentation du Programme d’Actions du Gouvernement, le PAG.
Plus qu’un simple programme politique, le PAG a introduit une nouvelle logique : celle d’un État organisé autour d’une vision, d’objectifs précis et d’une culture du résultat et de l’exécution. Pendant longtemps, la gouvernance béninoise avait été marquée par une approche plus politique, plus consensuelle et parfois perçue comme moins orientée vers l’exécution rapide des décisions.
Avec Patrice Talon, une autre méthode s’est imposée : une gouvernance plus structurée, plus centralisée et plus exigeante envers l’administration.
Routes, infrastructures, modernisation urbaine, réformes administratives, attractivité économique, développement touristique.
En dix (10) ans, le pays a connu une accélération visible sur plusieurs chantiers. Et cette dynamique s’est progressivement étendue à plusieurs secteurs : culture, tourisme, sport, image internationale et investissements.
Le Bénin a commencé à projeter une image différente : celle d’un pays plus structuré, plus ambitieux et davantage tourné vers les résultats. Mais au-delà des infrastructures et des réformes, Patrice Talon aura aussi profondément travaillé l’image et l’identité du Bénin.
En dix (10) ans, le pays a retrouvé une forme de fierté culturelle et de confiance dans son potentiel.
Culture, patrimoine, retour des trésors royaux, valorisation des traditions, tourisme mémoriel ou encore promotion du Vodun : le Bénin a commencé à raconter une autre histoire sur lui même.
Une histoire plus ambitieuse, plus assumée et davantage tournée vers le rayonnement international.
Et cette nouvelle image a progressivement renforcé l’attractivité de notre pays auprès des touristes, des investisseurs et même de nombreux africains qui regardent désormais le Bénin différemment.
Cette culture de l’exécution est sans doute l’une des marques les plus fortes du passage de Patrice Talon au pouvoir.
Son style de gouvernance, fondé sur la rigueur, la planification et la rapidité d’exécution, marquera durablement l’administration publique béninoise. Mais cette méthode de gouvernance s’est aussi accompagnée d’un encadrement plus strict de la vie politique et sociale. La réforme du système partisan a profondément restructuré le paysage politique béninois.
Les règles électorales sont devenues plus exigeantes, entraînant de vifs débats sur la participation politique et l’équilibre démocratique.
La CRIET, présentée comme un instrument de lutte contre la corruption et des infractions économiques, continue toutefois de susciter des critiques au sein d’une partie de l’opposition et de certaines organisations internationales.
Les opposants au régime dénoncent régulièrement un rétrécissement des espaces de contestation politique et un affaiblissement du pluralisme démocratique.
D’autres, au contraire, estiment que ces réformes étaient nécessaires pour mettre fin à certaines dérives, renforcer l’autorité de l’état, assainir la gouvernance publique.
C’est sans doute là, que se situe toute la singularité du passage de Patrice Talon au pouvoir.
Une gouvernance fondée sur le pragmatisme, l’exécution rapide des réformes et la transformation profonde du pays, mais dont les méthodes continueront probablement à alimenter le débat public.
Une chose semble néanmoins acquise : en dix(10) ans, Patrice Talon n’a pas seulement dirigé le Bénin.
Il a imposé une nouvelle manière de penser, d’organiser et d’exercer le pouvoir.
Et c’est probablement cela qui marquera durablement son passage à la tête de notre pays.
Wilfrid AHOUASSOU
À jeudi prochain




