À l’occasion de émission Nougbo Kavi Lalo (Emission de Fact-Checking en langue Goun) consacrée à la santé menstruelle, nous avons reçu Eve AFFANOU, Sage-femme d’État au Centre Hospitalier Universitaire de la Mère et de l’Enfant Lagune (CHU-MEL) de Cotonou. L’entretien, enrichi par des réactions recueillies auprès de citoyens, met en lumière les idées reçues qui entourent encore les menstruations au Bénin.
Les menstruations restent, pour de nombreuses familles béninoises, un sujet difficile à aborder. Entre croyances, traditions et manque d’information, les règles sont encore entourées de nombreux tabous qui influencent le quotidien des femmes et des jeunes filles.
Pour mieux comprendre cette réalité, nous avons donné la parole à des habitants de Cotonou à travers un micro-trottoir.
« Chez nous, une femme qui a ses règles ne doit pas préparer certains repas. C’est ce que nous avons toujours entendu », confie une commerçante.
« On disait qu’une fille qui a ses règles ne devait pas toucher certaines plantes, sinon elles allaient sécher », raconte un jeune homme.
« Aujourd’hui, grâce aux campagnes de sensibilisation, je comprends que beaucoup de ces croyances ne reposent sur aucune preuve scientifique », estime une étudiante.
Ces témoignages illustrent la persistance de nombreuses idées reçues. Pourtant, selon Eve AFFANOU, Sage-femme d’État au CHU-MEL de Cotonou, les menstruations sont un phénomène biologique normal qui marque le fonctionnement de l’appareil reproducteur féminin.
Au cours de l’entretien, la spécialiste rappelle que les règles ne sont ni une maladie, ni une malédiction, ni un signe d’impureté.
« Les menstruations sont un processus physiologique naturel. Une femme qui a ses règles peut poursuivre ses activités habituelles si son état de santé le permet », explique-t-elle.
Certaines croyances continuent pourtant d’imposer des restrictions aux femmes menstruées. Dans certaines communautés, elles sont invitées à éviter la cuisine, les cérémonies religieuses ou encore certaines activités agricoles. Pour la sage-femme, ces pratiques relèvent davantage des traditions culturelles que de données scientifiques.
L’entretien a également permis d’aborder les douleurs menstruelles. La Sage-femme précise qu’il est fréquent de ressentir un certain inconfort pendant les règles. En revanche, des douleurs très intenses, des saignements abondants ou des cycles très irréguliers doivent conduire à consulter un professionnel de santé.
L’hygiène menstruelle a constitué un autre point important des échanges. La spécialiste recommande l’utilisation de protections propres et adaptées, changées régulièrement, ainsi qu’une bonne hygiène des mains avant et après leur manipulation. Elle insiste également sur l’importance d’une élimination appropriée des protections usagées afin de préserver la santé et l’environnement.
Pour Eve AFFANOU, l’information demeure le meilleur moyen de combattre les préjugés. Elle encourage les parents à parler librement des menstruations avec leurs enfants, aussi bien les filles que les garçons, afin de normaliser ce sujet dès le plus jeune âge.
Les réactions recueillies lors du micro-trottoir montrent d’ailleurs une évolution des mentalités. Plusieurs personnes interrogées souhaitent davantage de campagnes de sensibilisation dans les écoles, les marchés, les centres de santé et les médias.
Au-delà d’une question de santé, la menstruation est également un enjeu de dignité, d’éducation et d’égalité. Lever les tabous permet non seulement d’améliorer les connaissances, mais aussi de favoriser la réussite scolaire des adolescentes, de réduire les discriminations et de garantir aux femmes une participation pleine et entière à la vie sociale.
À travers cette émission, un message ressort avec force : les croyances ne doivent pas prendre le pas sur les connaissances scientifiques. Informer, écouter les professionnels de santé et ouvrir le dialogue au sein des familles constituent des étapes essentielles pour que les menstruations ne soient plus un sujet de honte, mais une réalité naturelle vécue dans la dignité.
Jérôme AVOCETIEN



