Dans un contexte mondial de détérioration de la paix, le Bénin s’octroie une position honorable qui le place devant tous ses voisins immédiats comme le Togo, le Nigeria, le Niger et le Burkina Faso.

Pour la sixième année consécutive, le Bénin tire son épingle du jeu et se classe 112ème sur 163 pays dans le Global Peace Index (GPI) 2025, affichant un score GPI de 2,211 (plus le score est bas, plus la nation est pacifique) devant chacun de ses quatre voisins géographiques, qui figurent tous à des rangs inférieurs (donc moins paisibles) en 2025.

Gagnant cinq places au classement par rapport à l’an dernier, le Bénin occupe le milieu du peloton au niveau ouest-africain, loin derrière les plus paisibles comme la Gambie ou le Ghana, mais bien au-dessus des Etats du Sahel en crise à savoir : le Mali, le Burkina Faso et le Niger.

D’après le dernier classement du Global Peace Index (GPI), le Togo occupe la 126ème place, le Niger la 143ème, le Nigeria la 148ème et le Burkina Faso la 152ème place du classement mondial.

Au regard de cette performance, le Bénin apparaît comme le pays le plus pacifique de son voisinage immédiat, ses voisins étant classés au-delà du 125ème rang avec des scores plus élevés (synonymes de plus de conflictualité).

Selon les données chiffrées, le Togo qui se situe 126ème, avec un score ~2,38 a reculé de quelques rangs en raison d’une dégradation de la sécurité possiblement liée à des tensions politiques persistantes et à des attaques terroristes sporadiques dans le nord du pays.

Quant au géant nigérian, il stagne dans le bas du tableau mondial (148ème), alourdi par des conflits multiformes comme l’insurrection de Boko Haram, le banditisme armé et les violences intercommunautaires, qui continuent de peser sur son score.

Du côté sahélien, le Niger occupant le 143ème rang et surtout le Burkina Faso la 152ème place, subissent de plein fouet l’instabilité. Ces deux États, membres de l’Alliance des États du Sahel (AES) avec le Mali, figurent parmi les pays les moins en paix du globe.

Le Burkina Faso, englué dans une guerre contre les groupes djihadistes et marqué par deux coups d’État en 2022, restes en bas du classement mondial avec un score ~3,02.
Quant au Mali (154ème), en proie depuis une décennie à un conflit armé interne et isolé sur la scène internationale, apparaît comme l’un des épicentres de l’insécurité mondiale en 2025.

Il est à noter qu’en Afrique de l’Ouest, le classement 2025 du GPI met en lumière un fossé entre les pays côtiers relativement stables et la zone sahélienne troublée.

Ainsi, le Bénin, avec sa 112ème place, se situe au milieu du peloton ouest-africain. Huit autres pays de la région font mieux que le Bénin, notamment la Gambie (55ème mondiale) et la Sierra Leone (57ème) qui dominent le classement régional grâce à des améliorations notables de leur situation sécuritaire.

Viennent ensuite le Ghana (61ème), le Sénégal (69ème) ou le Libéria (70ème), tous relativement épargnés par les conflits. Cependant, à l’inverse, le Bénin surclasse nettement les États ouest-africains les plus instables que sont le Mali (154ème), le Burkina Faso (152ème) et le Nigeria (148ème).

Le classement régional du Bénin (9ème sur les 15 pays d’Afrique de l’Ouest) illustre donc une situation intermédiaire qui s’explique par le fait que le pays n’est pas parmi les plus paisibles du continent, mais demeure loin devant les nations en guerre ouverte de la zone sahélienne.

Selon des analyses, plusieurs facteurs expliquent ces écarts de classement. Le Bénin bénéficie depuis des années d’une relative stabilité politique et sociale à savoir absence de conflit armé interne, transitions de pouvoir globalement pacifiques depuis la fin du marxisme-léninisme, et coopération sécuritaire avec les partenaires internationaux.

Contrairement au Mali, au Niger et au Burkina Faso secoués par des putschs successifs en 2020 et 2022, le Bénin n’a pas connu de coup d’État depuis plus de trois décennies, ce qui contribue à un environnement plus serein.
Il faut souligner aussi que le Bénin ne fait face à aucune rébellion interne ni insurrection majeure, quand le Nigeria combat à la fois une insurrection djihadiste au Nord-Est et des conflits communautaires violents. Ces éléments se reflètent dans les indicateurs du GPI relatifs aux conflits internes et à la sécurité sociétale.

Toutefois, le bon classement du Bénin ne devrait pas masquer la fragilité de sa paix dans un contexte où depuis 2022, le pays est confronté à des incursions de groupes armés djihadistes dans sa partie septentrionale, en provenance du Sahel.

En effet, l’année 2025 a tristement illustré cette menace. Il est important de rappeler qu’en avril 2025, une attaque djihadiste massive dans le nord du Bénin a coûté la vie à 54 soldats béninois, le bilan le plus lourd jamais enregistré sur le territoire national.

Cet incident montre que la stabilité béninoise est sous pression du fait du chaos chez ses voisins sahéliens. Le manque de coopération sécuritaire avec le Burkina Faso et le Niger, deux pays en pleine tourmente, a « ouvert la voie aux islamistes » le long des frontières, soulignent des experts.

Gagnant ainsi du terrain au Sahel, le terrorisme commence à déborder sur les États côtiers jusque-là paisibles. Cette contagion de l’insécurité régionale constitue l’un des principaux risques pouvant dégrader le score du Bénin dans les années à venir.

Si le Bénin jouit globalement d’un climat apaisé, il est à souligner que certains indicateurs internes modèrent la performance du pays. En rappel, des tensions politiques ponctuelles ont éclaté lors des élections de 2019 et 2021, marquées par des violences post-électorales et une restriction de l’espace pour l’opposition.

Ces troubles, bien que sans commune mesure avec les conflits armés de ses voisins, ont pu entacher le score du Bénin sur des critères comme les manifestations violentes ou la perception de la criminalité.

Cependant, même si le gouvernement béninois a entrepris des réformes sécuritaires et renforcé la surveillance de ses frontières nord, qui jusqu’ici a permis d’éviter une dégradation sévère de la paix intérieure, le contraste reste donc saisissant entre un Bénin qui, malgré ses défis, maintient un niveau de paix acceptable, et ses voisins du Nord plongés dans l’extrême violence.

Ainsi que le souligne le rapport de l’Institute for Economics & Peace, le Sahel est aujourd’hui l’un des foyers les plus préoccupants du globe, où « le terrorisme gagne du terrain, les États s’effondrent ou se militarisent à outrance, et les populations déplacées se comptent par millions ».

Une réalité que reflète fidèlement le classement 2025 en Afrique de l’Ouest. Un classement qui positionne d’un côté, les pays relativement stables et pacifiques comme le Bénin, et de l’autre, ceux englués dans la guerre et l’insécurité chronique.

Apparaissant en 2025 comme un îlot de calme relatif au milieu d’une sous-région tourmentée, Le Bénin surpasse en matière de paix ses voisins directs et se place loin devant le trio sahélien Mali-Burkina-Niger, miné par les conflits.

Bertin Djitrinou